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2014-12-27 | Readers 382 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Les relations américano-saoudiennes : quelles perspectives ?


Les relations américano-saoudiennes : quelles perspectives ?

Voici le dernier volet du triptyque rédigé par D. Ahmed Melli(1) publié dans le quotidien libanais as-Safîr(2) sur les relations américano-saoudiennes. Après avoir exposé l’inquiétude de l’Arabie Saoudite face aux chamboulements bouleversant le monde arabe (renversement de régimes (pourtant alliés des Etats-Unis), instabilité grandissante, destruction des infrastructures, déplacement massif de populations..) et son mécontentement devant la nouvelle politique régionale de son allié existentiel (les Etats-Unis), (notamment du dialogue entamé avec l’Iran sur le nucléaire), l’auteur s’interroge sur la possibilité d’autres alternatives pour l’Arabie Saoudite avant de statuer sur l’avenir des relations américano-saoudiennes.

¢L’Arabie Saoudite à la recherche d’autres alternatives

Les déclarations saoudiennes – comme celles du prince Bandar ben Sultan selon laquelle « son pays veut réduire le niveau des relations avec les Etats-Unis, dans le but de ne plus se trouver dans une situation de dépendance à (eux) » ou du prince Mohammed ben Nawaf, ambassadeur de l’Arabie Saoudite en Grande-Bretagne, déclarant dans le New York Times du 17.12.2013 que « toutes les alternatives sont ouvertes » devant son pays et d’autres – laissent entendre que le Royaume cherche d’autres alternatives aux Etats-Unis.

Les plus plausibles sont : la Chine, la Russie et l’Union européenne, ce dernier étant un groupe hétérogène de 28 pays. (On peut surtout parler de la France et de la Grande-Bretagne.)

lSans aucun doute, les relations saoudo-chinoises ont connu une croissance rapide depuis 2009. (Lesexportations saoudiennes de pétrole vers la Chine ont dépassé cellesvers les États-Unis avec un maximum de 1,2 million de barils par jour.Ce qui représente 21% de toutes les importations de pétrole de la Chinedu monde, selon l’estimation la plus basse.) Elles sont accompagnéesd’une hausse des investissements chinois enArabie Saoudite dans divers domaines. (Par exemple, cesont les entreprises chinoises qui ont construit le système de transportferroviaire des pèlerins à La Mecque.)

Mais il ne semble pas que le renforcement des liens sur le plan économique entre Riyad et Pékin ait son équivalent au niveau politique. Même ! La probabilité de développement de relations politiques saoudo-chinoises diminue avec leurs positions opposées dans la crise syrienne, la tension croissante dans la région chinoise de « Xinjiang » à majorité musulmane et les liens étroits établis entre Pékin et Téhéran. Les dirigeants chinois restent prudents et les Saoudiens soupçonneux.

lContrairement à la Chine, la Russie est un pays exportateur de pétrole et sa production quotidienne de pétrole a déjà dépassé celle saoudienne de la fin de 2013. (Elle est devenue le premier pays producteur de pétrole dans le monde avec 10.38 millions de barils par jour contre 9,35 millions de barils pour l’Arabie Saoudite.) Aussi, les relations économiques entre Moscou et Riyad sont plus de l’ordre de la rivalité que de la solidarité. Sauf que les Saoudiens, désirant diversifier leurs relations, sont intéressés par la Russie comme source d’approvisionnement en armes. C’est ce qui a été discuté lors des deux visites faites par le prince Bandar ben Sultan à Moscou durant la seconde moitié de l’année dernière. La visite du ministre adjoint de la Défense saoudien, Sulaiman ben Sultan, à Moscou est prévue pour mettre les dernières touches à des transactions d’armes. (Certaines sources estiment la valeur de ces transactions à 12 milliards de dollars. Il faut ajouter à cela ce qu’a rapporté le journal « Le Commerçant », proche du centre de décisions du Kremlin : l’approbation de l’Arabie Saoudite de financer les achats d’armes égyptiens à la Russie pour une valeur de près de deux milliards de dollars.) En adoptant la « politique de la carotte » avec Moscou, l’Arabie Saoudite espère-t- elle arriver à l’éloigner de Damas ? Mais, après de longues années de guerre en Tchétchénie, accompagnées d’opérations terroristes qui visaient des objectifs russes, le gouffre entre Moscou et Riyad reste difficile à combler.

lQuant aux relations avec la Grande-Bretagne et la France, les premières sont anciennes et les autres n’ont jamais été aussi bonnes, avec des marchés conclus entre Riyad et Paris. Lors de sa visite en Arabie Saoudite en Octobre dernier (la troisième depuis la prise de ses fonctions en mai 2012), le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, déclara : « Il existe une convergence de points de vues entre l’Arabie Saoudite et la France sur les principales crises régionales, avec en tête, la question nucléaire iranienne et la crise syrienne ». (Selon le dernier rapport soumis au Parlement français sur les exportations d’armes, l’Arabie saoudite reste le premier client de la France au cours de la période 2003 - 2014 avec près de 7 milliards d’euros de contrats, devant l’Inde et le Brésil.)

¢Qu’attendait l’Arabie Saoudite des Etats-Unis ?

Après avoir manifesté sa colère et son mécontentement face à la politique d’Obama au Moyen-Orient et fait passer le message aux États-Unis et au monde entier en épuisant toutes ses possibilités, se pose automatiquement la question suivante : « Qu’attendait l’Arabie Saoudite des Etats-Unis ? »

Ce n’est un secret pour personne que les Saoudiens avaient misé sur une intervention militaire directe américaine en Syrie, comme prélude au renversement de Bashar al-Assad, cette « guerre » contre la Syrie étant à intégrer dans cette grande confrontation que les Saoudiens ont engagée contre l’Iran et pour laquelle ils comptent sur les Américains, n’étant pas capables de l’affronter seuls. C’est d’ailleurs ce que releva avec amertume l’ancien secrétaire américain à la Défense, Robert Gates : « Les Saoudiens veulent combattre les Iraniens jusqu’au dernier américain ».

Aussi, la signature de l’accord nucléaire provisoire entre les puissances occidentales et l’Iran était la pire chose qui pouvait arriver aux Saoudiens, tant ils craignent cette perspective d’un rapprochement américano-iranien qui mettrait fin à l’isolement de l’Iran (imposé par les États-Unis depuis 1979 après l’instauration de la République Islamique et qui avait fourni à l’Arabie Saoudite cette rare occasion d’apparaître comme l’acteur principal dans le Golfe.) Le pire cauchemar saoudien est de voir se restaurer l’équation régionale qui existait dans les années soixante-dix du siècle dernier, quand l’Iran jouait le rôle de la puissance protectrice principale dans la région du Golfe, laissant à l’Arabie Saoudite un rôle secondaire.

¢Pas d’alternative autre que les États-Unis

Les Saoudiens vont-ils s’éloigner des États-Unis ? Selon l’avis de plusieurs analystes américains,  cela est peu probable. Robert Jordan, ancien ambassadeur américain à Riyad (2001-2003), déclare de son côté : « Il n’existe aucun pays au monde, plus que les États-Unis, qui puisse fournir une protection pour leurs champs de pétrole et leur économie. Les Saoudiens le savent. Aussi, nous ne les verrons pas sortir de l’orbite américaine. » Puis il ajoute : « Il y aura plus de contacts avec les Russes et les Chinois que dans le passé. Ils se sont déjà tournés vers d’autres parties pour avoir des armes et nous allons vers une intensification de cela. Mais l’ambiance générale restera centrée autour des Etats-Unis. »

Ian Black, dans le Guardian de décembre 2013, confirme : « L’idée que la Chine ou la France puissent remplacer les États-Unis en ce moment, est juste une pure fiction. »

Loin du vacarme dû aux tensions accrues entre Riyad et Washington, la lecture attentive de la réalité indique que nous sommes face à une relation profonde et complexe sous divers aspects, au niveau aussi bien militaire que politique, et que ce partenariat entre les deux parties est inégal, l’Arabie Saoudite étant la partie faible. Elle n’est pas en position de dicter ses conditions. Ses déclarations tonitruantes ne sont que des paroles qui ne passeront jamais au niveau des actes. Il est difficile pour le Royaume, qui a maintenu une forte alliance avec les Etats-Unis depuis des décennies, de trouver facilement un remplaçant. Et toute tentative sérieuse de briser ce lien lui sera coûteuse et difficile.

Les projets réalisés par les Américains dans le Royaume et le volume des contrats ratifiés indiquent des liens difficiles à rompre. (Par exemple, il existe une coopération étroite entre les forces militaires et sécuritaires américaines et celles saoudiennes (construites en conformité avec les premières). Depuis 1977, les Américains équipent et forment la Garde nationale saoudienne (la principale force de sécurité intérieure du régime saoudien qui assure, aussi, la protection des installations pétrolières, des usines de dessalement, des centrales électriques et d’autres installations vitales).) Aucune des deux parties n’a de réelles motivations pour abandonner ce partenariat. Quant au montant des achats d’armes et des services militaires demandés par les Saoudiens aux États-Unis au cours des dernières années, il dépasse l’imagination. Il atteint la valeur de 60 milliards de dollars, dont 34 pour la seule année de 2012, une augmentation équivalente à dix fois le chiffre d’affaires en 2011. Et récemment, le Département de la Défense au Congrès a notifié son intention de conclure un marché portant sur les armes pour le Royaume Saoudien d’une valeur de 6,8 milliards de dollars.

¢Vers une accalmie entre Riyad et Washington ?

Alors, comment faut-il comprendre les déclarations des responsables saoudiens contre les Etats-Unis ? Comme un signal annonçant l’abandon planifié du partenariat stratégique avec Washington ? Non !
L’objectif maximum de la campagne Saoudienne contre les Américains est
de faire pression sur eux pour infléchir leur politique qui déplait à Riyad. Ce qui se passe à l’heure actuelle entre les deux alliés, est plutôt l’expression de deux visions opposées pour les changements régionaux, l’Arabie Saoudite n’ayant cependant pas les moyens d’imposer sa volonté. Tôt ou tard, les deux alliés surmonteront leurs divergences, parce que la remise en question de cette relation par l’Arabie Saoudite lui coûtera très cher.

(1)Dr Ahmed Melli, maître de conférences des politiques internationales à l’Université Libanaise.

(2)Les éditions du 20.2.14 ; 22.2.14 et 1.3.14.

(3)Il s’agit des alternatives au niveau des grandes puissances. Les tentatives de rapprochement de l’Arabie Saoudite auprès de certains pays de la région devraient faire l’objet d’une autre étude.

www.lumieres-spirituelles.net     No62  - Rajab 1435 – Mai 2014


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