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2015-02-04 | Readers 1373 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Notre Marche de Najaf à Karbala


Notre Marche de Najaf à Karbala

Par la Grâce de Dieu Le Clément, Le Miséricordieux.

Louanges et remerciements à Dieu, Créateur Unique, sans égal  et Contrôleur sans partage des Univers.

Que la paix soit sur la meilleure des créatures de Dieu, le Saint Prophète Mohammad (saw),  Son Ahl oul Beyt et Ses Saints Successeurs immédiats commençant par le Maître des croyants Ali ibn Abi Talib (as) et se terminant par l’attendu al Mahdi (ajfs).

Base fondamentale

La « zyarate » signifie « visiter ». C’est un sentiment tout à fait naturel que de penser qu’on  apprécie de visiter (rendre visite) celui qu’on aime le plus, ou celui qui occupe une place particulière dans notre vie. Et quel est l’être le plus cher dans la vie d’un croyant que le Saint Prophète (saw) ?

D’autre part, nous avons une tradition (hadith) que tous les musulmans (shiites et sunnites) acceptent et suivent avec ferveur :

قالَ رَسولُ اللهِ (ص): مَن زارَ قَبري وَجَبَتْ لَهُ شَفاعَتي.

“ Le Messager (saw) de Dieu a dit: “ Celui qui visite ma tombe aura droit à mon intercession”

Ce hadith est relaté dans plus de 40 livres de nos frères sunnites, et notamment dans al-Durr al-Manthour, par al-Souyouti, vol. 1, p. 569.

Nous savons que tous les musulmans qui vont au Hajj ou au Oumra ne manquent jamais de passer à Medina, avant ou après leur pèlerinage de La Mecque. Sans cette « zyarate », le Hajj ou le Oumra est incomplet !

 Notre Seigneur dit dans le saint Coran 42/23 :

قُل لَّا أَسْأَلُكُمْ عَلَيْهِ أَجْرًا إِلَّا الْمَوَدَّةَ فِي الْقُرْبَى

«  Dis : “Je ne vous en demande aucun salaire si ce n'est l'affection eu égard à [nos liens] de parenté” »

Sans entrer dans le débat ou le commentaire de ce verset,  « les qourbâ » du Saint Prophète (saw) cités dans ces Saintes Ecritures, sont les Ahloul Beyt, c'est-à-dire nos Ayimmah (as).

 

Dans la sourate An Nissà’ (4), verset 59, on trouve :

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُواْ أَطِيعُواْ اللّهَ وَأَطِيعُواْ الرَّسُولَ وَأُوْلِي الأَمْرِ مِنكُمْ

« ô les croyants ! Obéissez à Allah, et obéissez au Messager

et à ceux d'entre vous qui détiennent le commandement »

Nous savons que les « oulil amr minkoum » indiquent encore une fois les successeurs immédiats du Saint Prophète (saw). Ce qui nous permet de dire qu’après la Zyarate de La Maison d’Allah (swt) à la Mecque, il est nécessaire de visiter le Saint Prophète (saw) à Medina, et qu’après la Zyarate du Saint Prophète (saw), il est nécessaire de visiter ses Successeurs à Najaf, Karbala, Mashad, Kazemein, Samarra… et par extension à Shaam, à Qom, etc.

Ensuite, le Saint Coran nous enseigne  à la sourate 3, verset 169 :

وَلاَ تَحْسَبَنَّ الَّذِينَ قُتِلُواْ فِي سَبِيلِ اللّهِ أَمْوَاتًا بَلْ أَحْيَاء عِندَ رَبِّهِمْ يُرْزَقُونَ

« Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d'Allah, soient morts.

Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus. »

 

Les versets et les hadiths authentiques sont nombreux, mais pour terminer notre fondation, relatons ce hadith du Saint Prophète (saw) :

قالَ رَسولُ اللهِ (ص): ما مِن مُسلِمٍ يُسَلّمُ عَلَيَّ إلّا رَدَّ اللهُ عَلَىَّ روُحي حَتّى أرُدَّ عَلَيهِ السَّلامَ، و قال (ص): مَن زارَني بَعدَ مَوْتي فَكَأنَّما زارَني في حَياتي، وَ قالَ (ص): مَن حَجَّ فَزارَ قَبري بَعدَ وَفاتي كانَ كَمَنْ زارَني في حَياتي، وَ قال (ص): مَن حَجَّ وَلمَ يَزُرْني فَقَد جَفاني.

Le Messager d’Allah (saw) a dit : « Il n’y a pas de musulmans qui me saluent et dont Allah me délivre les salutations et auxquelles  je ne réponde pas par des salutations ». Il a aussi dit : « Celui qui me visite après ma mort est comme celui qui m’a visité durant mon existence quand j’étais en vie (terrestre). Il a également dit : « Celui qui accomplit le Hajj et ne me visite pas, il s’est  vraiment éloigné de moi ».

Tous ces versets du Saint Coran et les hadiths authentiques stipulent que même si la zyarate n’est pas une obligation jurisprudentielle, elle revêt une importance particulière, très forte , comparable à la fidélité et à l’allégeance des Maîtres infaillibles (Massoum) dont nous suivons les préceptes.

 

La Zyarate d’Imam Houssen (as).

Pour ne pas faire trop long, je ne voudrais pas relater la position dans l’espace et dans le temps de cet illustre Imam pour lequel tous les Prophètes et tous les Imams ont pleuré, à commencer par l’Archange Gabriel (as) qui fut le premier récitant « Zakir » des malheurs d’Imam Houssen (as), sa famille et ses compagnons de Karbala (majliss é Imam Houssen-as).

L’événement de Karbala et le sacrifice que notre Mawla y a consenti est grandiose et qui restera inégalable jusqu’à la fin des temps car il englobe toutes les dimensions de la vie. On y trouve la sauvegarde de la religion choisie de Dieu, des valeurs morales, sociales, politiques etc.. « Y a-t-il quelqu’un pour me secourir ? - Hal min nàssirine yansourna ? » avait demandé Imam Houssen (as), ce 10 Moharram 61 de l’Hégire, alors que tous ses compagnons en état de se défendre s’étaient déjà offerts en holocauste. Notre sixième Imam Jaffar As Sadiq (as) a dit « Tous les jours sont Ashoura et toutes les terres sont Karbala - Qoullou yawmin Ashoura, wa qoullou arzine Karbala ».

Karbala est une ressource permanente pour se battre et pour combattre les forces du mal qui n’ont jamais capitulé depuis le jour de Da’waté Zil Ashira.  Le Saint Coran nous apprend à la sourate 61, verset 8 :

 

يُرِيدُونَ لِيُطْفِؤُوا نُورَ اللَّهِ بِأَفْوَاهِهِمْ وَاللَّهُ مُتِمُّ نُورِهِ وَلَوْ كَرِهَ الْكَافِرُونَ

« Ils veulent éteindre de leurs bouches la lumière d'Allah,

alors qu'Allah parachèvera Sa lumière en dépit de l'aversion des mécréants. »

Tantôt sous la forme des Omeyyades ou des Abbasides, tantôt sous la forme des dirigeants fantoches dépouillant les richesses  du peuple, ou encore, sous la forme de pays civilisé prétextant vouloir exporter leur modèle soi-disant exemplaire,  on n’hésite pas à massacrer des innocents et à occuper des peuples sans défense.

Karbala est un moyen, entre autres, de réveiller les consciences et de lutter contre les injustices de chaque époque. Karbala est un message permanent et universel. « Nous avons réussi notre révolution grâce à l’exemple et l’esprit de Karbala » a dit Imam Khomeyni (ar). Qui avait imaginé que le vaillant peuple iranien pourrait  un jour se libérer du joug d’une superpuissance ?

Nous comprenons dès lors pourquoi le Saint Prophète Mohammad (saw), ainsi que tous les Imams (as), ont insisté sur l’importance de la Zyarate de Karbala et les bienfaits procurés par la Zyarate d’Imam Houssen (as). La littérature  traitant de ce sujet est inépuisable et nous illustrerons cette importance par un hadith rapporté de notre 6ème  Imam Jaffar As Sadiq (as) :

قال : سمعت أبا عبد الله ( عليه السلام ) يقول وهو نازل بالحيرة وعنده جماعة من الشيعة، فأقبل إلي بوجهه فقال : يا بشير أحججت العام ، قلت : جعلت فداك لا ولكن عرفت بالقبر قبر الحسين ( عليه السلام )، فقال : يا بشير والله ما فاتك شئ مما كان لأصحاب مكة بمكة، قلت : جعلت فداك فيه عرفات فسره لي. فقال : يا بشير ان الرجل منكم ليغتسل علي شاطئ الفرات ثم يأتي قبر الحسين ( عليه السلام ) عارفا بحقه فيعطيه الله بكل قدم يرفعها أو يضعها مائة حجة مقبولة ومائة عمرة مبرورة ومائة غزوة مع نبي مرسل إلى أعداء الله وأعداء رسوله ، يا بشير اسمع وأبلغ من احتمل قلبه ، من زار الحسين (عليه السلام) يوم عرفة كان كمن زار الله في عرشه.

« Bashir Ad-Dahan rapporte : «  J’ai entendu Abou ‘Abdillah (as) dire : « Ô Bashir, est-ce que tu as accompli le pèlerinage cette année ? ». J’ai répondu : « Que je te sois sacrifié, non. Par contre j’ai passé le jour d’Arafat auprès de la tombe de Houssen (as) ». Il a alors dit : « Ô Bashir, tu n’as rien perdu par rapport à ceux qui étaient à la Mecque ». J’ai dit : « Que je te sois sacrifié. A la Mecque,  il y a Arafat ! Explique-le moi ». Il a dit : « Ô Bashir, celui parmi vous qui fait le ghoussl (dans le fleuve) al Fourat puis visite la tombe de Houssen (as) avec pleine connaissance, Allah (swt) le récompense, pour chaque pas qu’il lève et qu’il pose, de cent pèlerinages [Hajj] acceptés, et de cent ‘Oumra acceptés et de cent batailles participées aux côtés  de l’envoyé de Dieu (saw) contre Ses ennemis et les ennemis de l’Envoyé (saw). Ô Bashir écoute attentivement et rapporte à celui dont le cœur peut supporter : Celui qui visite Houssen (as) le jour d’Arafat est comme s’il avait visité Allah (swt) sur son Trône. » »

Dans le Mafàtihoul Jinàn de Allama Sheikh Abbas Al Qoummi (page 1323 - traduction par Edition B.A.A. - Leila SURANI), nous trouvons d’autres bienfaits de la Zyarate d’Imam Houssen (as).

Bref, la Zyarate d’Imam Houssen (as) et la commémoration de Ashoura sont un des piliers du dogme chiite, tout comme la wilayat d’Imam Ali (as), l’occultation d’Imam Al Mahdi et la Marja’iyyat.

Alors, forcément, sans l’ombre d’un doute, les ennemis des partisans d’Ahloul Bayt (as) ne cessent d’attaquer ces piliers pour ébranler et détourner la foi vers des plaisirs éphémères de ce monde. Certains érudits n’hésitent pas à dire qu’il n’est pas compatible de se déclarer être chiite et ne pas désirer faire la Zyarate d’Imam Houssen (as) dans sa vie.

Motivation physique

Bien sûr, il y a mille façons de participer à la perpétuité du  message d’Imam Houssen (as).  On le fait par la parole, par l’écrit, par les dons matériels ou par le don de son temps, en organisant différentes manifestations. Il faut se rappeler notamment que le message d’Imam Houssen (as) n’est pas limité à une communauté ou pour un pays. Il est universel.

Ce message est la sauvegarde de l’islam originel du Saint Prophète (saw), au prix de sa vie, pour que les musulmans continuent à accomplir les différentes obligations, et ce, sans dénaturation.

Il ne faut surtout pas s’habituer à tomber chaque année dans des rituels immuables, vidés de leur essence, et oublier le message de Ashoura dès que les douze premiers jours de l’année islamique sont écoulés. On a déjà vu des gens sacrifier  leur sommeil à préparer le « Zari » (représentation de la tombe) d’Imam Houssen (as) toute la nuit et aller dormir au petit matin sans accomplir la Salatoul Fajr ! On a aussi vu  certains s’adonner au Matam Zanjir (flagellation sanglante) l’après midi de Ashoura et ne pas accomplir la Salat de Maghrib, leur dos ou leur corps marqués des fraîches blessures d’où coule encore du sang rituellement impur! Comment peut-on concevoir que le petit fils du Saint Prophète (saw) soit assassiné et égorgé en pleine prosternation pour défendre l’islam, dont le mât est la salat (As salàtou amoudou dîne : la salat est le pilier de la religion) et considérer les prières comme secondaires ou sans importance? Attention, les rituels sans bases ésotériques peuvent mener à l’égarement!

Que nous demande Imam Houssen (as) ? Souhaite-t-il   que nous versions des larmes sur lui sans vouloir suivre ce qu’il a recommandé? Nous demande-t-il  que nous  organisions  avec faste la commémoration des dix jours de Moharram et que nous transgressions  en même temps les lois et préceptes les plus élémentaires comme l’interdiction de l’alcool ou encore l’obligation de la prière et des jeûnes ?

Si nous refusons de respecter l’enseignement d’Imam Houssen (as) et, par extension, de tous les Imams (as) et du Prophète Mohammad (saw), alors l’accomplissement des Zyarates ou l’organisation des commémorations n’ont plus aucun sens.

Après ces quelques lignes d’autocritique, nous savons que l’amour de notre Saint Prophète (saw) et de son Ahloul beyt (as) est plus que bénéfique pour ce monde et pour l’au-delà, et, que le maintien du souvenir de Karbala et du message d’Imam Houssen (as) est plus que primordial.

Pour acquérir ce bénéfice cette année, nous avions décidé de concrétiser notre intention née l’année dernière, quand nous avions vu des milliers de gens marcher vers Karbala : celui d’accomplir la Zyarate d’Imam Houssen (as) en s’y rendant à pied. En tant que bon gérant (ou bon commerçant), selon le hadith ci-dessus, chaque pas rapporte la récompense de cent Hajj et cent Oumra acceptés ! Si on estime la distance de Najaf à Karbala à 80 Km et qu’un pas moyen d’homme mesure 60 cm, alors il faut accomplir environ 130 000 pas pour relier cette distance. Si les pas sont accomplis avec sincérité (ikhlass), sans ostentation (ryah), et  en ayant en tête une infime connaissance du droit du visité (Imam Houssen-as), insh’Allah, Lui qui n’est pas avare, nous accordera le bénéfice des 13 000 000 de Hajj et Oumra acceptés ! Mais même s’Il n’accorde qu’un seul hajj et Oumra acceptés, le bonheur de marcher par amour pour Imam Houssen (as) est en lui-même grandiose !

Notre parcours.

Six mois avant la date de la commémoration de Arbaîne, j’avais envoyé plusieurs centaines d’emails à mes contacts pour les convier à cette marche. J’ai eu la joie de voir que deux  personnes de notre communauté avaient répondu positivement. C’étaient mon fils et son ami, tous deux étudiants à Qom.

En tant que responsable d’un groupe de Zouwwar (visiteurs) d’Imam Houssen (as), j’avais d’abord en tête la priorité d’emmener le groupe à Karbala, car à l’occasion du Arba’îne, l’affluence est tellement importante que toutes les routes d’entrée vers Karbala se bouchent totalement  quatre voire cinq  jours avant le 40ème qui  équivalait cette année  au 25 Janvier 2011. Malgré une précaution de 8 jours, le 17 Janvier, nous n’avions pas pu conduire notre bus aux abords habituels de la ville ; et nous avons dû faire environ 4 à 5 Km à pied. J’étais content de  voir que les Zouwwars n’avaient pas manifesté trop de mécontentement face à cet imprévu.  

Après avoir bien installé le groupe à l’hôtel et accompli les premières zyarates, je cherchais le moyen de repartir en taxi à Najaf pour entamer notre projet de marche avec mes quatre compagnons, car deux autres étudiants à Najaf avaient joint notre petit groupe. Le Jeudi 20 Janvier, j’ai quitté Karbala vers 13h, accompagné de Sheikh Shamim Haider et nous avons dû marcher environ 15 km pour trouver un taxi qui veuille bien accepter de nous emmener à Najaf. Nous avons rencontré une nuée d’ambulance et de corps militaires de sécurité à 12 Km de Karbala, où 10mn plus tôt, juste avant qu’on y arrive, un attentat à  la voiture piégée venait d’avoir lieu. Nous avons par la suite entendu à la radio qu’au total cinq attentats avaient été commis ce jour, faisant 50 morts et 300 blessés. Qu’Allah (swt) maudisse ceux qui s’attaquent aux innocents et aux zouwwars. Amîne.

Dans l’autre sens, en direction de Karbala, des milliers de zouwwars affluaient et continuaient leur marche imperturbable. Nous avons finalement trouvé un taxi et avons passé des heures dans les  embouteillages,  dans le but d’atteindre la ville de celui reconnu comme « La Porte de la cité du Savoir » (du Saint Prophète) à 19 h. Tous les hôtels de Najaf affichaient complets et j’ai été hébergé pour la nuit,  tout comme mes deux compagnons, au Hawza é ilmiyyah dirigé par Sheikh Naoushad Alihoussen. Je remercie au passage  Sheikh Naoushad et le créateur-donateur de ce Hawza pour cette hospitalité.

Malgré un climat plutôt froid, il était difficile de rester au Hawza surtout lorsque l’on pose les pieds dans la ville où repose le Maître des croyants (as). L’envie d’aller le visiter, en plus du fait que c’était  un jeudi soir, nous a vite propulsés vers le  sanctuaire d’Imam Ali (as).  Nous sommes revenus tard dans la nuit pour nous préparer mentalement et physiquement au parcours du  lendemain.

Le Vendredi 21 Janvier, nous avons accompli nos prières de Zohrein dans le sanctuaire et avons quitté Najaf après une visite pieuse et une demande de bénédiction à Imam Ali (as) pour notre voyage vers Karbala. Il était presque 14h quand nous nous sommes retrouvés, au lieu du rendez-vous, devant le portail de la maison de Sayyed As Sistàni (qu’Allah le protège et prolonge sa vie. Âmîne).

Pour respecter le jour du vendredi, nous avons préféré partir après les prières de midi (Zohrein). Du coup, inconsciemment, nous étions tous les cinq motivés pour marcher un maximum de temps cet après-midi là. Sheikh Shamim, qui était à sa quatrième marche, nous a conseillé de nous arrêter toutes les heures pour au moins 10 mn, afin de laisser reposer notre organisme. Ainsi, nous avons marché à une bonne cadence jusqu’à 22h. Bien entendu, nous nous arrêtions pour les pauses horaires, les prières du soir (Maghribein) et pour les repas.

Pendant cette marche, j’ai vu des choses que je qualifierai de surréalistes ! Des notions difficiles à assimiler par des gens comme nous, qui nous reposons sur des principes d’intérêts personnels et de profits donnant-donnant ! Ici,  nous voyons des gens, des zouwwars, par amour pour leur « idole » Imam Houssen (as), prêts à marcher des kilomètres, des heures ou des jours ! Des hommes, des femmes, des  personnes âgées, des jeunes,  des enfants, des bébés en poussette, des valides comme des invalides. Tout le long des 80 kilomètres, nous avons vu  des stands qui distribuaient gratuitement des dattes, de l’eau fraiche, du café (qahwa), du thé et de la nourriture. Tout le long des 80 Km,  se dressaient des tentes  pour accueillir les zouwwars qui  souhaitaient prier ou se reposer quelques heures, voire toute la nuit. Des masseurs munis d’un appareil électrique de massage nous proposaient leur service pour soulager  nos jambes. Et tout cela, ils le faisaient avec leurs petits moyens, gratuitement et animés par l’unique intention de plaire  à Allah (swt). Ces centaines de stands sont financés par des donateurs ou des bénévoles, et tout cela, au nom d’Imam Houssen (as).

J’ai été surpris et touché de voir  la façon dont ces serviteurs d’Imam Houssen (as) nous suppliaient de venir boire, manger ou nous reposer dans leurs stands ou leurs tentes. J’étais étonné  et troublé d’observer  combien ces serviteurs étaient conscients de l’importance de servir les zouwwars… Mon esprit matérialiste, habitué aux normes des pays de l’ouest, ne m’a pas empêché de calculer que, s’il y a eu cette année 16 millions (moyenne entre 14 et 18 millions annoncés) de visiteurs d’Imam Houssen (as) et que s’ils ont pu bénéficier chacun de 10 repas durant leur marche de trois à quatre jours,  au moins 160 millions de repas ont été offerts. Et si chaque repas coûte 3 euros, près de 500 millions d’euros ont été  déboursés en nourriture,  en incluant les dattes, les friandises, les cafés et les thés qui ont coulé à volonté. Si on y ajoute encore les matelas, les couvertures, l’eau des sanitaires, les loyers des tentes ou des bâtiments mobilisés pour accueillir les pèlerins, le total des euros dépensés pour faire revivre le message de Karbala de l’hégire 61 devient  rapidement incalculable ! Il faut dire que la hauteur du sacrifice offert par le Maître des martyrs est  également incalculable ! J’ai beau avoir l’esprit cartésien, je ne réalise toujours pas ce que nous venons de vivre. C’est tout simplement indescriptible, entre sensations d’extrême  bonheur, et réalisation  du  sacrifice et de la souffrance, il est sans conteste que  la sincérité du sacrifice des inhumés de cette terre sainte de Karbala est tellement profonde qu’une force surnaturelle nous y attire et nous insuffle le désir d’y retourner encore et toujours. Je nourris le souhait de renouveler l’expérience, le  15 Shaaban, le jour d’Arafat et encore au prochain Arba’îne, insh’Allah. Que sont mes 2 ou 3 jours de marche comparés à une famille irakienne habitante de Bassora que nous avons rencontrée et qui marchait depuis 13 jours, avec un bébé de moins d’un an, la petite Fatéma dans les bras !

Une question qui vient souvent à l’esprit, mérite réflexion : Comment est-ce possible qu’une petite ville comme Karbala, qui a normalement une population moyenne d’environ 600 000 habitants puisse accueillir 12 voire 18 millions de pèlerins ? On compare souvent le rassemblement d’Arba’îne au grand pèlerinage à la Mecque qui annonce entre 3,5 et 5 millions de pèlerins selon les années. Mais il ne faut pas comparer ces deux phénomènes, car d’une part, dans le cas de Hajj, il s’agit d’un rassemblement statique (tout le monde doit être en même temps au même endroit : en l’occurrence le jour de Arafat. C’est une obligation jurisprudentielle), alors que d’autre part, dans le cas de Arba’îne, c’est un flux permanent de pèlerins qui viennent à Karbala pour présenter leurs salutations pieuses au Maître des martyrs et à ses compagnons, et qui repartent ensuite chez eux. Pas de nécessité à ce que tous soient rassemblés en même temps et dans un même lieu. Ils n’ont pas besoin d’être en même temps quelque part dans cette ville. Et si l’on étale ce rassemblement sur 3 ou 4 jours, on conçoit aisément que Karbala puisse accepter 18 millions de pèlerins (18 divisés par 4 font 4 million cinq cent milles).

Par ailleurs, quand on regarde l’histoire des grands rassemblements pacifiques dans le monde, on trouve que l’exposition mondiale de Shangai en 2010 a comptabilisé  73 millions de visiteurs (sur 1,5 milliard de chinois = 0,48%), le rassemblement religieux des bouddhistes en Inde, temple hindou de Sabarimala à Kerala (chaque année) ou bien pour le Maha Kumh Mela à Hariwar en janvier 2007 - année exceptionnelle, on enregistre entre 50 et 70 millions de participants (sur 1 milliard d’indiens = 0,7 %), ou encore pour les cérémonies funéraires de CN Annadurai à Tamil Nadu en 1969, il y avait 15 millions de personnes (sur 65 million de tamouls = 23%).

Si l’on compare ces rassemblements à Arba’îne qui enregistrent en moyenne 15 millions de personnes pour une population de 30 millions d’habitants, dont 70% de chiites, le taux largement honorable de 71,42% s’affiche (15 millions sur 21 millions de chiites d’Irak). Là aussi, le nom du Maître des martyrs fait des miracles. Et ce chiffre va vite augmenter quand on voit l’engouement des fidèles toujours plus nombreux chaque année.

Après ces quelques réflexions et constats, revenons à notre marche. Ce vendredi 21 Janvier, nous avons fait l’erreur de ne pas nous arrêter dès la tombée de la nuit. Dans l’idée de vouloir parcourir un maximum de distance, nous avions décidé de marcher jusqu’à 22h. Mais quand nous avons voulu nous reposer pour la nuit, nous avons eu la surprise de voir que toutes les tentes étaient pleines, pas une place de libre ! Et pourtant, de grandes tentes, des maisons et des bâtiments entiers étaient dédiés aux Zouwwar tous les 2 à 3 Km. Après avoir marché jusqu’à 23h30 et fait environ 30 Km, nous étions vraiment fatigués, exténués.  Le froid glacial d’Irak ne nous permettait plus d’aller plus loin. Nous avons eu la chance de trouver quelques personnes réunies autour d’un feu de bois qui nous ont accueillis dans leur cercle. La chaleur fournie par ce brasier de fortune nous a fait un grand bien. Nos hôtes étaient en réalité ces fameux serviteurs bénévoles qui avaient servi toute la journée les « Zouwwar marcheurs » et qui, le soir venu, étaient « obligés » de rester dehors car les places pour dormir manquaient ! Quelle abnégation et quel sacrifice ! Ils nous ont offert les meilleures places autour du feu, en plus de leurs manteaux et blousons pour nous protéger du froid, et du thé bien chaud pour nous réchauffer et nous réconforter.

Cette nuit là fut vraiment difficile pour nous. Nous étions fatigués par la marche et obligés de veiller par une nuit glaciale, mais heureusement devant un feu de camp allumé jusqu’à l’heure de Salatoul Fajr. Dès que quelques places se sont libérées, nos hôtes nous ont invités à nous reposer. Après la prière de Soubh, nous avons donc décidé de nous reposer jusqu’à midi.

Le samedi 22 Janvier, dès notre réveil (vers 11h), nos hôtes nous ont proposé un bain bien chaud, des massages pour détendre nos jambes, un déjeuner, du thé et beaucoup de considération en tant que « visiteur-marcheur » d’Imam Houssen (as). Nous avons parlé et sympathisé avec eux avant de partir, en les remerciant du fond de notre âme. Ayant retenu la leçon de la veille, j’avais proposé de marcher le maximum jusqu’au Maghrib et de trouver un refuge dès la tombée de la nuit. Mais Sheikh Shamim nous a informé qu’il connaissait un ami qui l’avait accueilli l’année passée, chez lequel nous pourrions nous reposer pour la deuxième nuit. Il l’a contacté par téléphone. Celui-ci en fut ravi et nous a donné rendez-vous à la borne numéro 967.

De la même façon que l’après midi de la journée précédente, nous avons marché et fait des rencontres inattendues durant ce parcours. Un adolescent de 14 ans marchant à nos côtés nous expliquait qu’il avait quitté Najaf  avec ses parents. Ils marchaient chacun à leur rythme et ils  s’étaient donnés  rendez-vous à la borne 1000. Nous avons aussi rencontré  le groupe de Sheikh Naoushad qui marchait avec sa famille et les étudiants du Hawza récemment ouvert à Najaf et dont il était responsable. Notre 2ème hôte avait déjà appelé à plusieurs reprises Sheikh Shamim pour avoir notre position et l’heure de notre arrivée à la borne convenue, mais notre corps et surtout nos jambes sentaient les conséquences de l’effort fourni depuis  presque 36 heures. Nous sommes arrivés au rendez vous avec 2h de retard. Notre hôte nous a amenés en voiture chez lui, sa maison se trouvant à environ 5 Km de là.

Toujours avec cette chaleur humaine générée par un désir d’hospitalité inexpliquée, il nous a offert un repas copieux, du thé et des places pour dormir. Il a insisté pour  que nous restions chez lui jusqu’au lendemain midi. On ressentait chez lui et chez ses serviteurs un bonheur, voire une fierté, de recevoir et servir des « visiteurs-marcheurs » d’Imam Houssen (as).  Cette notion ou cette conception de servir gratuitement et bénévolement est absente dans notre monde, bâti sur la base d’intérêts matériels, de rentabilité ou de rendement immédiat. Ce phénomène est inexplicable. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux.

Le lendemain, dimanche 23 Janvier, cet hôte de marque nous a offert un petit déjeuner consistant et désirait nous retenir jusqu’au Zohrein, mais nous avons insisté pour qu’il nous permette de continuer notre chemin. Après cette borne 967, il nous restait environ 20 Km à parcourir. Malgré la fatigue, car nous n’avions pas l’habitude de marcher autant, le mental restait intact à l’idée d’aller à la rencontre du Maître de Karbala.

A 5km  de l’arrivée,  nous avons aperçu un grand complexe flambant neuf appelé « Madinatoul Imam ‘Ali (as) pour les Zàérine », comprenant des aires de repos, des restaurants, des toilettes et des facilités pour les Zouwwars d’Imam Houssen (as). (Photos ci-dessous)

Après avoir effectué les derniers kilomètres, nous avons atteint notre but ultime à 22h,  ivres de bonheur et émus de rencontrer notre prestigieux visité, Le Maître des martyrs, Le Maître du Paradis, le Bien Aimé du Saint Prophète (saw), le fils du Maître des croyants, la pupille des yeux de Sayyedat Fatima Az Zahra, le frère de Hassan al Moujtabâ, le père d’Abdallah : « Asslàmo alayka yâ abâ abdillah….. » Que la paix soit sur eux tous… les Ahloul Kissah, Les Ahloul Beyt.

Je remercie Allah (swt) de m’avoir donné l’occasion de vivre ces moments exceptionnels qui resteront gravés à jamais, inch’Allah, et laissent une marque indélébile dans une vie.

Je remercie mes parents pour m’avoir donné naissance dans la religion d’Ahloul Beyt et m’avoir insufflé cet amour pour eux.

Je remercie tous ceux qui m’ont soutenu et aidé à réaliser ce rêve.

                                                                                                                                                                GR201102080917

www.lumieres-spirituelles.net     No33  - Safar 1433 – Déc.-Janvier 2012


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