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2015-02-04 | Readers 998 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Benoît Boulet « prêtre-guérisseur » Kanak


Benoît Boulet « prêtre-guérisseur » Kanak

Benoît Boulet est l’un des derniers « prêtres-guérisseurs » de la tribu Werap des indigènes Kanaks(1) vivant au cœur de la végétation  tropicale exubérante à côté de Hienghêne, au nord est de  l’île de la Nouvelle Calédonie, dans l’océan Pacifique.

Là, le culte ancestral célèbre la terre nourricière, berceau de l’échange perpétuel entre le visible et l’invisible, entre les vivants et les morts, par l’intermédiaire du « guérisseur » du clan. Chaque clan Kanak a son « guérisseur » qui connait ses secrets, sa force spirituelle.

Benoît Boulet est appelé « guérisseur » parce qu’il guérit, en utilisant ses mains, mais aussi des os, des plantes, un bouquet de feuilles, une pâte à base de noix de coco et des incantations, avec lesquelles il invoque les ancêtres, entre en communication avec les esprits. « Je parle comme une prière, puis je vois passer devant mes yeux des petites fourmis et des petits lézards qui m’aident à trouver la maladie » explique-t-il.

L’ensemble des rituels thérapeutiques Kanak sont inséparables d’une cosmologie dans laquelle on retrouve les quatre éléments primordiaux : l’eau, le feu, la terre et le souffle. Dans la conception de la personne, il existe des composantes – le sang et le souffle –, menacées par la maladie et le malheur. Le traitement vise à redonner de la vie à ces composantes par le truchement d’éléments pris dans la nature.

Les ancêtres sont au cœur de la vie sociale,  « gardiens des lois de la communauté, protecteurs de leurs descendants et partenaires de leurs échanges, garantissant l’efficacité des magies qui permettent aux vivants de soigner les maladies. »

Et la terre reste la référence ultime, le berceau de l’échange perpétuel entre les vivants et les morts, le visible et l’invisible, la force vitale qui « nourrit » les ancêtres et les esprits, « chaîne ininterrompue complexe et en perpétuel renouvellement, d’êtres et de choses toutes singulières mais participant d’une même réalité, d’un même mouvement de l’Être. »

Des fêtes sont organisées pour honorer et évoquer les Ancêtres, notamment celle des « Prémices » ou de « l’Igname nouvelle » (tubercule très nourrissant, plein de vitamines, nourriture principale des Kanaks) qui a lieu au printemps, au début de sa production. Mais ces esprits ne se manifestent pas aux vivants que durant ces grandes cérémonies, mais aussi quotidiennement. En effet, selon les croyances kanaks, chacun vit entouré de « mwakhegny » (des lutins ou djinns) bienveillants ou malveillants dont il doit prendre garde. Ce culte et ces croyances traditionnelles restent le socle de la communauté kanak, encore majoritairement rurale, et semblent être le dernier rempart face aux répressions organisées par les missionnaires chrétiens au milieu du XIXème siècle et au mouvement de colonisation.

L’ignameofferte à l’autel symbolise tout le pays avec les chefs, les vieux, les ancêtres, les enfants et tout ce qui fait vivre cette contrée. L’igname, accompagnée des cordelettes, des coquillages, de la natte et de la jupe de fibres, constitue l’essentiel des richesses échangées pour un mariage ou un deuil et elle scelle l’alliance entre les clans. Elle est un symbole de virilité, d'ancienneté, de pouvoir, de fertilité, de vie et de longévité.

Pour cette cérémonie, une igname spéciale est plantée : un plant lavé précédemment avec des plantes médicinales, planté dans un champ qui lui est réservé, accessible uniquement au « prêtre ». Une fois mûre, elle est récoltée et cuite selon un rituel particulier avec la « monnaie d’échange » des Kanaks (faite d’éléments végétaux et animaux, coquillages, poils de roussettes, os divers, etc.) posée au milieu de plantes et d’autres richesses préalablement déposées par les membres du clan. Entouré uniquement des hommes, jeunes et vieux, le « prêtre » soulève le couvercle de la marmite et invoque, au-dessus de la vapeur, ancêtres et esprits protecteurs du panier, dans un langage symbolique fait de formules destinées à cet usage unique. Il souhaite ainsi vie et santé aux siens. Après les incantations, l’igname est partagée entre les membres importants du clan, puis est donnée aux femmes et aux enfants.

(1)Les Kanaks représentent environ 44% de la population de la Nouvelle Calédonie, archipel dans l’océan Pacifique sous occupation française depuis 1844.

www.lumieres-spirituelles.net     No43 – Dhû al-Hujjeh 1433 – Oct.-Novembre 2012


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