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2015-02-04 | Readers 292 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Egypte : un coup d’Etat qui.. .. ne dit pas son nom ?


Egypte : un coup d’Etat qui.. .. ne dit pas son nom ?

Un an et demi après le renversement de Moubarak, le peuple égyptien est redescendu dans la rue pour chasser son successeur, pourtant élu par la voie démocratique. Seconde révolution ou manipulation par l’armée égyptienne ? Ingérences extérieures (régionales ou internationales) ou expression d’un mécontentement populaire ? En jetant un coup d’œil sur les faits, on peut voir que la situation est loin d’être claire ni définitive. Voyons les faits :

L’année qui suivit l’élection de Mursy, le 30 juin 2012, fut houleuse à cause de l’hégémonie du pouvoir des Frères Musulmans (FM)(1), de leur incompétence à gérer les affaires du pays tant sur le plan intérieur (problèmes sociaux et économiques non résolus, passivité devant les atteintes aux libertés religieuses (notamment lors du lynchage de sheikh Shehata le 23 juin 2013 et des agressions contre les Coptes)), que sur le plan extérieur (établissement de relations privilégiées avec le Qatar, la Turquie et le Hamas (sans toutefois annuler le traité de paix signé avec l’entité sioniste en 1979 et lever le blocus de Gaza), au détriment de celles avec la Syrie (rompues le 16 juin 2013) et l’Iran.

Fin avril 2013, une campagne de recueil de signatures pour demander des élections présidentielles anticipées, accompagnée de rassemblements (ponctués de violence) donna naissance au mouvement « at-tamarrod » (la rébellion)(2).

Elle aboutit à un immense rassemblement sur la fameuse place Tahrir, le 30 juin, soutenu par

l’armée(3), la police et les autorités religieuses musulmanes (al-Azhar) et coptes. Mursy est prié de démissionner. 4 ministres s’exécutent mais Mursy refuse. De violents affrontements s’en suivent (16

morts et 781 blessés).

Le 3 juillet, l’armée, par l’intermédiaire du ministre de la défense Abdel Fattah Sissi, annonce la destitution de Mursy (qui sera détenu de façon « préventive » et remplacé par le président du Conseil Constitutionnel Adly Mansour) et la suspension de la constitution.

Des millions d’Egyptiens, rejoints par les Salafistes(4), descendent dans la rue pour manifester leur joie, le ciel illuminé de lasers verts. Les FM et leurs partisans crient au « coup d’Etat complet » par l’armée et occupent les places Rabaa ad-Dawwa et Nahda, « prêts au martyre (et à faire couler le

sang des anti-Mursy et des Coptes) pour préserver la légitimité ».

Deux camps se forment, plus prêts à l’affrontement qu’à la concertation. Al-Qaradaoui, le célèbre prédicateur d’al-Jazira, émet une fatwa déclarant licite l’exécution de ceux qui se rebellent contre le seul pouvoir légitime en Egypte (celui de Mursy). Le chef de la Qaïda(5), Ayman al-Zawâhirî, appelle au « jihad », dénonçant un complot « des croisés (les Etats-Unis et les Coptes), des laïcs et de l’armée avec l’argent des pays du golfe ».

Les affrontements entre les anti et les pro-Mursy deviennent de plus en plus violents et des dizaines d’églises coptes sont incendiées. La police réprime dans le sang les manifestations, utilisant des balles réelles. Des centaines de mandats d’arrêt sont lancés contre les responsables des FM.

Le 14 août, l’armée fait évacuer dans le sang les places Rabaa et Nahda. Un véritable massacre. Baradei démissionne de la vice-présidence (il sera par la suite poursuivi pour « Haute Trahison » par l’armée) et al-Azhar se désolidarise. L’état d’urgence (levé il y a tout juste un an) est rétabli ainsi que le couvre-feu de nuit dans la moitié des provinces.

Plus de 578 tués (2200 selon les FM), près de 3500 blessés (10 000 selon les FM) et des milliers d’arrêtés sont recensés. Les mosquées sont transformées en morgues, des femmes et des enfants sont mitraillés. 37 détenus pro-Mursy meurent asphyxiés dans un fourgon pénitentiaire..

Le 20 août le chef des FM, Mohammed Badie est arrêté avec deux de ses adjoints, pour « incitation au meurtre ». Son remplaçant à la tête des FM, Mahmoud Ezzat, connu pour être un « homme de fer », un « renard », un « faucon », appelle à la « désobéissance civile pacifique ».

Des interrogations surgissent..

Si cette destitution n’était pas à l’origine un coup d’Etat militaire, elle en a pris toutes les apparences. Assiste-t-on au retour de la mainmise de l’armée sur le pouvoir égyptien ? Et quelle armée ? Celle de Nasser ou celle de Moubarak ? Qu’indique sa forte opposition à toute intervention étrangère en Syrie ?

Quoi qu’il en soit, en terrassant par les armes la résistance désespérée des FM, la junte n’aura pas seulement fermé la porte à l’intégration des Islamistes dans le jeu constitutionnel, mais elle aura bafoué le processus démocratique en cours en Egypte en faisant fi aux résultats des élections démocratiques présidentielles et aux aspirations populaires qu’elle a détournées vers ses propres fins, et de plus en faisant planer le spectre de la guerre civile sur le pays.

En regardant qui soutient qui, on peut se demander si l’Egypte n’a pas été le théâtre d’âpres rivalités entre le Qatar et l’Arabie Saoudite par peuple interposé, le premier soutenant les FM et le second s’achetant un rôle dans le pays à coup de milliards de dollars versés à l’armée pour renverser les FM.

Et les Etats-Unis, l’Europe et l’entité sioniste, dans tout cela ? Ils ont lâché Mursy comme ils l’avaient fait avec Moubarak quand il ne leur servait plus.

Sauf que cette fois-ci, ils ont dû choisir entre deux de leurs alliés régionaux, l’Arabie Saoudite contre le Qatar. Sans doute, ont-ils vu le premier plus apte à tenir tête à l’Iran et à assurer leurs sources d’approvisionnement. D’ailleurs, n’avaient-ils pas forcé le roi qatari à démissionner, dix jours plus tôt ? Des failles apparaitraient-elles au sein du front des grandes puissances et de leurs alliés ? L’équilibre de forces dans la région serait-il en train de changer ?

Le peuple égyptien qui a connu un réel éveil islamique ne saurait s’arrêter là. Il est descendu dans la rue pour dire qu’il ne voulait ni Moubarak, ni le pouvoir hégémonique des FM (Mursy). Il veut des réformes économiques et sociales et la liberté d’expression. Encore une fois son vaste mouvement populaire a été détourné.

Mais il sait que l’avenir de l’Egypte ne peut se dessiner que dans une perspective de rassemblement et non de division, de concertation et non d’affrontement, d’indépendance et non d’assistanat (ou de vassalisation). Une guerre civile mènerait le pays à sa perte et ne profiterait qu’aux extrémistes, à l’entité sioniste qui est toujours à ses frontières et aux grandes puissances spoliatrices. Alors ? Tout n’est

pas encore joué et les évènements à venir nous le montreront.

 « La République islamique d’Iran dénonce haut et fort ceux qui se trouvent derrière le massacre du peuple révolutionnaire d’Égypte. (…) Il faut à tout prix éviter une guerre civile dans ce pays car ce serait une catastrophe pour l’Égypte, pour toute la région et pour le monde de l’islam.

Les Égyptiens, après des années de dictature et grâce à leur éveil islamique, ont organisé des élections démocratiques et il n’est pas possible de revenir en arrière.

(…) La démocratie et les droits du peuple doivent être respectés. Le meurtre est vigoureusement condamné par les Musulmans. Le dialogue doit être repris et ne pas permettre aux (pays) étrangers, dont les services de renseignements ont sans doute un rôle dans la création de cette situation, de s’ingérer dans les affaires égyptiennes. » S. Khamine’i (9 et 28-8-13)

1)Les Frères Musulmans (FM) est une organisation politique islamique créée en mars 1928 par Hassan al-Banna prenant pour référence le Coran et la Sharî‘a. Malgré la répression, elle s’est développée en se mobilisant sur des questions sociales et les libertés publiques. L’Arabie Saoudite et les Etats-Unis lui servirent de béquille pendant près d’un demi-siècle. Mohammed Mursy, issu des FM, était président du parti Liberté et Justice avant son élection.

2)Le mouvement « at-Tamarrod », fondé par Mahmoud Badr et représenté par Mohammed Baradei, canalise les franges de la société exclues de la politique menée par les FM (laïcs, religieux, de gauche, de droite, partisans de l’ancien régime et libéraux) sans programme ni structure précis.

3)L’armée égyptienne a perdu toutes les guerres contre l’ennemi extérieur, mais a toujours été sans merci avec son peuple, grâce à un « état d’urgence » reconduit pendant trente ans. C’est une armée devenue riche qui contrôle plus du 1/3 de l’économie du pays. Ayant reçu des assurances financières du côté saoudien (12 milliards de dollars dit-on), il n’est pas impossible qu’elle n’ait pas concerté l’exécutif américain (dont l’aide annuelle ne représente plus que le 1/5 de son budget) et même qu’elle ait cherché à mettre des bâtons dans les roues de Mursy en aggravant la situation économique par des pénuries artificielles, la spéculation et l’inflation.

4)Les Salafistes sont un mouvement islamiste extrémiste stipendié par l’Arabie Saoudite, sectaire (notamment contre les Shi‘ites), semant la terreur en Irak, Syrie, Liban, Afghanistan et Pakistan.. En Egypte, ils appellent à « la préservation de l’identité égyptienne sunnite » (oubliant que l’Egypte a été pendant deux siècles Fatimide) et « au retour de Salah ed-Dine pour purifier l’Egypte de la bande shi‘ite ».

5)La Qaïda s’est surtout manifestée dans le Sinaï où elle s’attaque à la police et à l’armée égyptiennes qui font appel aux drones sionistes pour riposter. .. Elle a appelé au Jihad contre l’armée et considère les FM « pires que les laïcs ».Cherche-t-elle à établir un Etat islamique « takfiri » dans cette région également convoitée par l’entité sioniste qui veut y installer les Palestiniens chassés de Palestine ?

www.lumieres-spirituelles.net     No54 –  Dhû al-Qa‘deh 1434 – Sept.-Octobre 2013


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