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2016-04-07 | Readers 1045 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

ENTRETIEN AVEC AMADOU DIALLO sur le Mali croyant


ENTRETIEN AVEC AMADOU DIALLO *

Le Mali, vieille terre d’asile d’Ahl al-Beit(p)

1-L’intérêt actuel des Maliens pour le Shi‘isme est-il le résultat de la victoire de la Révolution islamique en Iran en 1979 ou renvoie-t-il à quelque chose de plus ancien, de plus profond ?

Effectivement, cet intérêt certain des Maliens pour le shi‘isme qui s’est manifesté suite au triomphe de la Révolution islamique en Iran en 1979 n’est pas un phénomène de mode mais correspond plutôt à une sorte de retrouvailles avec leur passé islamique. Car, l’Islam qui était arrivé au Mali à ses premiers temps, était celui des nobles descendants du Prophète(s).

Les érudits ont pu, à travers d’anciens textes qu’ils possédaient, établir le bien-fondé de l’existence historique des douze Imams de la Sainte Famille de Mohammed(s) dans cette région. Puis, des esprits éclairés continuent d’apporter des preuves, notamment à partir de l’étude des anciens manuscrits islamiques bien connus de Tombouctou qui font mention de la connaissance du shi‘isme dans le vieux Soudan français (actuel Mali) et qui attestent qu’à l’origine, les ancêtres des Maliens pratiquaient plutôt l’Islam selon la tradition du Prophète(s) et des membres de sa famille(p) avant d’être submergés par les flots du soufisme et d’autres écoles.

Les sanctuaires de Tombouctou étaient riches en documents anciens et certains témoignent de la présence de l’évocation des descendants purs du Prophète(s). Malheureusement, beaucoup d’entre eux ont été détruits, notamment par ces obscurantistes «takfiris» qui ont déferlé sur le nord du Mali actuel en 2012. On trouve, d’ailleurs, dans la littérature moderne, des traces de cet amour pour les descendants de la famille du Prophète(s).(2)

2-Reste-t-il des vestiges d’une présence duodécimaine au Mali ?

Malheureusement, il ne reste aucune trace des douze mosquées datant de l’an 60H évoquées par Cheikh Ahmed Baba de Tombouctou dans l’un de ses écrits. Seule sa notoriété scientifique nous assure avec certitude de leur présence en cette terre appelée «Bled-es-Soudan» (littéralement le «Pays des Noirs»), connue plus tard sous l’appellation du Soudan occidental puis du Soudan français, enfin du Mali, à une époque où les Musulmans laissèrent le petit-fils du Prophète(s) se faire tuer sur la terre de Karbalâ’.(3)

3-Reste-t-il des traces au niveau des traditions maliennes ?

a)La vénération des «chérifs»

Dans la vie civile, pour ne citer qu’un cas, nous remonterons au XVIIIe siècle, dans le royaume bambara de Ségou. «Chérif» Ismaïl est bien connu dans l’histoire du Soudan occidental. D’ascendance «chérifienne», il est venu du Maroc pour faire la « dawa » au pays des Noirs. Il arrive à Ségou au temps du roi païen Dâ Monzon Diarra. Son statut de «Chérif» est naturellement pour lui une couverture commode pour avoir droit de facto à tous les honneurs. Le roi bambara, comme tous les Africains croyants ou non de son époque, tient en haute estime le «Chérif», descendant du Prophète des Musulmans. Un pacte d’alliance est vite établi entre les deux personnalités : le «Chérif» se doit de respecter la chefferie africaine et le roi, en guise de reconnaissance de la spécificité du «Chérif», doit lui remettre tous ses futurs prisonniers de guerre afin qu’il les éduque à la religion musulmane.

Le pacte fonctionna si merveilleusement que le roi Dâ Monzon Diarra finit par donner sa propre fille Niéba Diarra en mariage au «Chérif», acte qui favorisa beaucoup l’expansion de l’Islam en pays bambara et son acceptation en Afrique. La chronique dont les griots(4) sont dépositaires à Ségou, indique que «Chérif» Ismaïl est né de Mohammed Jannekhi, lui-même né de Mohammad Arak de Bagdad dont la généalogie remonte au quatrième Imam shi‘ite, Ali Ibn Hussein Zayn al-Âbidine(p). Notons au passage que l’actuel leader de la communauté shi‘ite du Mali, le jeune Sayyed Mohammed Bayaya Haïdara dit Chouala est issu de cette lignée de «Chérif» Ismaïl. Bon sang ne ment jamais !

b)Les noms donnés

On pourra noter, en passant, que de tous les saints et hommes de sciences qui ont fait la gloire de Tombouctou, notamment grâce au rayonnement culturel international de son Université de Sankoré, presqu’aucun d’eux n’a porté un nom des compagnons du Prophète(s)Sahabas »).

Et pourtant, les recherches les plus minutieuses ont parfaitement établi qu’ils venaient tous de très loin, d’horizons différents, d’Arabie, du Yémen, d’Egypte, du Pakistan, etc. Ce qui irait dans le sens que les premiers Arabes de l’espace musulman ayant eu des contacts avec les Maliens de l’époque étaient plutôt des adeptes des enseignements précieux des saints Imams d’Ahl al-Beit(p).

De même on peut noter que les rois du Ghana et du Mali ancien ayant accepté l’Islam, ainsi que la quasi-totalité des Musulmans de l’époque, portaient tous des noms du Prophète et des membres de la famille prophétique comme Mohammed, Moussa, Souleymane, Ali, Abbass, etc.

Ainsi, non seulement on compte plusieurs dérivés du prénom Mohammed, comme Mamadou, Mahamadoun, Mahamady, Mahamoud, Mady, Mahalmady, Madou, Mohamedi, etc, mais aussi des dérivés du prénom de l’Imam ‘Ali(p) comme Aliyou, Badra Ali (référence à Ali, le héros de la bataille de Badr), Ali Badra, Aliyoun, etc ; du prénom Fâtimah(p), la noble fille du Prophète, comme Fanta, Fatou, Fati, Fatim, Tim-Tim, Bintou (référence à Fâtimatou Bint Mouhammad), Oumou (référence à Oumîl Abi), etc ; du prénom al-Hassan(p), comme : Alassane, Lassina, Lansana, Lassiné, Lancéni, etc ; du prénom de l’Imam al-Hussein(p), comme Alhousseyni, Alousséni, Loncéni, Fousseyni, etc; du prénom de Khadidja(p), comme Kadidjatou, Kadja, Kadiatou, Kady, Kariatou, Katou, etc.

Le prénom de la vénérable mère du noble Prophète, Amina, se déclinera aussi différemment selon les accents linguistiques africains : Ami, Aminah, Minata, Aminety, Mimi, Aminatou.. Quant au vénérable père du noble Prophète(s), son prénom Abdallah se prononcera : Aboudoulahi, Abdoulaye, Ablaye, Broulaye, etc. On peut multiplier les exemples.

Les noms des compagnons du Prophète, les « Sahaba », tels ‘Omar, ‘Uthman, Abû Baker, etc., n’ont commencé à proliférer en Afrique noire qu’à partir du XVIIIe siècle avec l’arrivée des différentes Tariqas soufies comme la Qadriya et la Tijaniya.

Dans cette foulée, il est tout autant significatif de souligner que les descendants du noble Prophète(s) sont aussi connus ici sous le nom de familles de « Haïdara » qui est un nom tiré des louanges de Fatimata Bint Assad, honorable mère de l’Imam Ali(p), à l’adresse de son glorieux fils et nous les appelons les «Chérifs» comme les Orientaux les appellent les «Sayyed», comme nous l’avons signalé précédemment.

c)Noms de lieu et traditions locales(3)

A titre d’exemple, mentionnons ici une évidence vieille de plusieurs siècles, relevée par le Cheikh Amadou Hampâté Ba cité plus haut. C’est que, dans un riche terroir appelé « Hawd » situé à la frontière entre les Etats actuels du Mali, du Sénégal et de la Mauritanie, Etats ayant anciennement constitué le territoire du Ghana et de l’empire du Mali, les populations ont une curieuse imprécation dont nul ne connaissait l’origine jusqu’à la victoire de la Révolution islamique iranienne en 1979 qui a permis de dépoussiérer la vraie histoire de ‘Achoura.

En effet, chaque fois que les gens du « Hawd » sont importunés, voire chagrinés par quelqu’un et qu’ils veulent le maudire d’une malédiction certaine, ils lancent contre lui : « Celui-là est maudit comme Yazid » ou « Que la malédiction qui suit Yazid frappe aussi untel » ou « soit sur untel ». Ou encore tout simplement l’exclamation : « Sois maudit comme Yazid ! ». C’est donc avec la victoire de la Révolution islamique iranienne que, peu à peu, de nombreux musulmans en Afrique ont commencé à comprendre que Yazid est l’éternel maudit pour avoir été le commanditaire de l’odieux assassinat de l’Imam Al- Hussein(p) à Karbala en l’an 61 de l’Hégire.

Le sens de l’imprécation des gens du « Hawd » retrouve ainsi tout son sens originel et toute sa charge de malédiction. Et c’est le lieu de rappeler la parole prophétique : « Je serai en paix avec quiconque aura été en  Témoignage sans ambiguïté de l’amour pour l’ensemble des Ahl al-Beit(p).

Ce vaste terroir est majoritairement peuplé par les Peulhs, les Maures, les Sarakollés : ce sont des populations fortement islamisées depuis des siècles, connues pour avoir le ‘commerce dans les gènes’. C’est une zone où abondent les pâturages, où l’agriculture se pratique avec bonheur, contrairement aux zones voisines caractérisées par le sable du Sahel et le soleil de la savane. En quelque sorte, un coin d’abondance qui peut rappeler le « Hawd » dont a parlé le noble Prophète(s) en tant que Lieu Edénique où le Coran et Ahl al-Beit(p) le rejoindront. Les Peulhs, ethnie majoritaire de la contrée, ont été parmi les premiers islamisés, et, depuis des siècles, ont appris, avec l’alphabet arabe, à écrire leurs lettres en langue peuhle. Ont-ils appelé cette région «Hawd» en rapport avec le hadith prophétique ? Dieu est plus savant. En tout cas, le mot « Hawd » ne veut rien dire dans les différents dialectes parlés dans le terroir du même nom.

*Directeur de la revue Sakina et responsable du Centre d'Ahl al-Beit(p) à Bamako au Mali.

(1)Cf. Lumières Spirituelles No75 pp28-29

(2)Par exemple, ce fait rapporté par le célèbre Amadou Hampâté Ba (aussi Cheikh de l’Ordre Tijani), dans son livre intitulé « Vie et enseignement de Thierno Bocar, le sage de Bandiagara » édité en 1981, relative à la vie du savant nigerian de Sokoto, al-Hadj Seydou Han (m.3.1890), que le Hadj Omar avait emmené avec lui, anecdote qui en dit long sur le respect quasi viscéral que les Africains vouent aux descendants du Prophète Mohammed(s). Faute de place, nous n’avons pas pu le reproduire ici.

(3)Pour plus d’informations, voir pp22-23 de ce même numéro de la revue No78 dans la rubrique Lieux Saints

(4)Les griots sont dans la société africaine des hommes de caste, c’est-à-dire non considérés comme nobles. Ils sont des chanteurs, joueurs d’instruments musicaux, danseurs, grands orateurs à la mémoire fertile, au service des nobles dont ils chantent les louanges en rappelant leurs généalogies. (L’équivalent des troubadours de la France médiévale.) Ce qui fait d’eux une sorte de classe d’historiens sociaux qui détiennent la mémoire des familles, des gens distingués, des tribus, etc. Avec le temps, ils ont souvent acquis une place de conseillers, un rôle de médiateurs sociaux plus ou moins influents.

Amadou Diallo

www.lumieres-spirituelles.net  No78 - Rajab - Sha’bân 1437 - Avril - Mai 2016


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