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2018-09-07 | Readers 86 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

ENTRETIEN AVEC S. Abbas NOUREDDINE


ENTRETIEN AVEC S. Abbas NOUREDDINE

Sur l’éducationde nos enfants

Sayyed Abbas Noureddine est un écrivain et chercheur libanais ayant mené des recherches approfondies dans les sciences islamiques et autres. Cet entretien* inaugure la nouvelle rubrique de la revue : «Eduquer nos enfants».

1-Quelle est la conception de l’éducation dans l’Islam ?

L’éducation signifie l’effort de l’être humain pour atteindre sa perfection, le perfectionnement.

Et en ce qui concerne les enfants, ce sont les parents qui sont responsables de leur éducation. Ils doivent s’efforcer de leur permettre d’atteindre leur perfection. Et, comme pour le jihâd dans la voie de Dieu, les résultats sont auprès de Dieu.

Perfectionnement

2-Quels sont les principaux éléments de la réussite de l’éducation ?

Un élément fondamental dans la réussite de l’éducation est de tenir compte de la « fitra »(1), des dispositions « fitriyyah » présentes chez l’être humain de façon générale. C’est l’élément central dans l’éducation. On pourrait dire que l’éducation est l’équivalent de l’activation de la « fitra » logée en tout être humain.

Fitra

Pour l’activer, il faut d’abord savoir ce qu’elle est. La « fitra » exprime ces motivations, impulsions présentes en l’être humain, souvent faibles, dissimulées ou voilées(2).

Il en est de même en ce qui concerne les dispositions « fitriyyah » dissimulées en l’être humain qui le poussent vers le Beau, le Bien, le Vrai, le Juste, la Bonté. Ce sont les dimensions réelles de la « fitra ».

Ainsi, la « fitra » nous conduit vers la Perfection. Elle exprime l’attraction vers la Perfection.

L’éducation consistant à orienter l’être humain vers sa perfection, en activant notre « fitra » durant notre vie, nous activons l’opération de l’impulser et de l’orienter vers sa perfection finale.

3-Peut-on parler d’héritage des qualités ou défauts des parents ?

Parler d’héritage des attributs des parents, c’est en fait parler de la question du tempérament (taba‘ ou tibâ‘). L’être humain a un tempérament (taba‘ ou tibâ‘) qu’il peut avoir hérité.

Tempérament

Il y a une sorte de composition physiologique qui détermine comment se fait ce transfert du tempérament et personne ne doute du transfert des attributs ou particularités psychologiques vers les enfants. Mais comment s’effectue cet héritage ? jusqu’à quel point ? Il y a des détails et jusqu’à maintenant la question n’a pas été élucidée.

Dans le patrimoine islamique, il y a des indices importants sur cette question. Comme des allusions concernant la goutte (nutfah), ou des recommandations concernant la grossesse, l’allaitement, la période postnatale, pour diminuer le transfert d’un mauvais tempérament ou éviter que l’enfant ait une mauvaise morale, par exemple. Mais le principe du transfert du tempérament est accepté par tous.

Certains diront : quel est le péché de l’enfant qui a hérité par exemple d’un tempérament coléreux de ses parents ? Le péché revient à l’enfant s’il accepte cet état de fait et ne veut pas le changer. Mais s’il le refuse, s’efforce d’y mettre un terme, cela n’est pas considéré comme un péché lui revenant, même s’il n’a pas réussi. Cela est lié à la conscience de lui-même de l’enfant.

4-Un enfant de moins de 7 ans peut-il avoir une conscience de lui-même ?

Il est possible de constituer la conscience de soi dès le début. Des études montrent qu’en fait les bébés sont conscients de beaucoup de choses. Ils nous surprennent toujours par leurs perceptions, ou par leurs dispositions à percevoir. Ce que nous avons tendance à négliger, nous disant qu’ils n’ont pas l’âge de l’éducation.

Ainsi, en situation de la présence d’un mauvais tempérament chez l’enfant, il faut d’abord – surtout qu’au début, il n’est pas fort chez le tout jeune enfant – lui faire prendre conscience de cette question, faire advenir en son âme, un état de conscience intérieure, pour lui apprendre à y faire face. C’est-à-dire lui faire prendre conscience qu’il a un mauvais tempérament qu’il doit refuser. L’important est de former chez l’enfant cette conscience intérieure.

Conscience de soi

Il y a des méthodes qui permettent de lui faire prendre conscience qu’il est mis à l’épreuve par cet attribut ou ce mauvais tempérament.

Cette prise de conscience elle-même est un pas très important vers le perfectionnement. Il ne restera plus à l’enfant, pour faire disparaître ce mauvais tempérament, qu’un petit combat. Et plus on tarde dans l’âge, plus ce combat devient difficile.

5- Que pensez-vous de ce fameux hadith « Laissez-le sept, corrigez-lesept et accompagnez-le sept »(3) ?

Certains discutent de cet hadith au niveau de sa chaîne de transmission et de son texte. Nous n’allons pas discuter de cet hadith de ces points de vue.

Il est clair que l’enfant évolue et passe par des étapes que nous devons prendre en considération, tout comme il est important de faire attention aux règles générales de la morale islamique. Comme, par exemple, quand il est dit qu’il est détestable de châtier celui qui ne peut pas distinguer le bien du mal.

Ainsi, on ne peut pas corriger, châtier un enfant qui ne distingue pas encore le bien du mal. Cela peut amener le contraire de l’objectif voulu.

L’éducation regroupe toutes les étapes de l’enfant mais les punitions trop tôt ou inadéquates ne donnent pas les résultats voulus et elles peuvent provoquer des obstacles dans l’éducation à venir.

Étapes de croissance

L‘enfant, au début de la 1e étape, ne s’attend pas à des punitions. Si elles arrivent, elles provoquent des chocs en lui. Par exemple, quand la mère frappe son bébé de quelques mois parce qu’il a fait tomber quelque chose ou l’a cassé, c’est un coup de poignard que le bébé reçoit dans son cœur. Il ne s’attend pas à cette réaction de sa mère (ou de son père) et ne peut pas la comprendre.

Selon un propos rapporté, une femme se rendit avec son bébé chez le Messager de Dieu(s) qui le prit dans ses bras (selon sa haute morale) et se mit à le cajoler. Ce dernier prit ses aises et le(s) salit. La mère, très gênée, réagit violemment. Sans doute frappa-t-elle son fils.

Il est dit que le Messager de Dieu(s) demanda à la mère d’arrêter de faire du mal à son enfant, lui expliquant qu’être sévère avec son enfant à cet âge allait provoquer des effets contraires à ceux voulus, créer des blocages, des problèmes psychologiques très graves dans l’avenir. Il est important de faire attention à ce point.

Ainsi, cet hadith sur les trois étapes de 7 ans de l’enfant a sans doute été prononcé pour que nous réfléchissions davantage sur les étapes de croissance de l’enfant. Il a le mérite d’attirer notre attention sur ce point qu’il y a des étapes à respecter – que ce soit sept ans, unpeu plus ou un peu moins.

Lors de sa 1e étape, l’enfant ne s’attend pas à être puni et nous, nous ne devons pas le punir suivant le principe de la nécessité de savoir distinguer le bien du mal.

Lors de la 2e étape, la raison de l’enfant s’ouvre et il commence à distinguer le bien du mal. Alors, il est juste de chercher à le corriger, à le punir, parce que l’enfant commence à faire attention au mode de vie sur terre qui est que les mauvaises actions ont de mauvaises conséquences et que les bonnes actions entraînent de bonnes conséquences, des résultats louables.

Bien sûr, il faut faire attention au degré de la punition, en fonction du développement de la raison de l’enfant, le développement de la raison pouvant tarder chez certains enfants pour différentes raisons, ce qui ne lui permet pas de distinguer le bien du mal.

Il faut en tenir compte. Tout cela demande attention et conscience de la part de la personne qui se charge de l’éducation des enfants.

La 3e étape est celle de la conscience totale, celle du fait de porter totalement les responsabilités. Elle correspond à l’année du « taklîf » (de la charge), selon la législation islamique.

6- Que veut dire « laisser son enfant » durant la 1e étape ?

La première étape de l’enfant est très délicate et très sensible. Elle est celle où se fonde tout ce qui va suivre par la suite. Si elle est négligée, si l’ambiance y est négative, cela aura une influence  par la suite et il sera alors très difficile d’éduquer.

Aussi « laisser [son enfant] sept [ans] » ne veut pas dire lenégliger !

Il faut d’abord lui assurer une ambiance de sécurité, que l’enfant se sente en totale sécurité, physiologique et psychologique !

Sécurité

Si l’enfant est dans un milieu où il subit des préjudices, des nuisances – résultat de punition, ou de mésaventure comme tomber du lit, se couper avec un couteau – alors, va se former en lui un état psychique et spirituel d’insécurité, pas seulement par rapport à son entourage immédiat mais aussi au monde qui n’apparait pas sûr, plein de choses effrayantes, injustifiées.

Alors que, selon la vision de l’Islam, cette vie est le monde des occasions infinies, des choix infinis, le bienfait absolu. Ce qui fait peur de cette vie, dont on doit se méfier, et que l’on doit éviter, est limité, peu et exceptionnel. Le but fondamental de notre venue à ce monde est que nous bénéficions du Bienfait absolu, incalculable, que nous profitions des occasions infinies et que nous arrivions au Bien absolu. Cela est le fondement de la vie.

Bienfaits

Ainsi, le 1er objectif de l’éducation de l’enfant de la 1e période est de créer un sentiment de sécuritépar rapport au monde qui l’entoure : physique(donc le protéger de tout danger physique au début), prélude à la sécurité psychique, affective(parce que nous ne sommes pas des objets), prélude à la connaissance desnombreux bienfaits. Et le plus important bienfait, lors de la première période, est celui des deux parents qui représente de nombreux bienfaits - le remerciement de Dieu et des deux parents, en tant qu’ils représentent pour l’enfant les plus grands bienfaits divins dans la vie.

Si l’enfant ne fait pas attention à ces bienfaits à cause d’une relation conflictuelle, il lui sera difficile de connaître les nombreux autres bienfaits.

« ar-Rûh at-tarbiyyah » de s. A. Noureddine

Une étude détaillée sur comment activer la « fitra », sa formation, son perfectionnement et la levée des voiles en elle. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans le cadre de la rubrique «Eduquer nos enfants» dans la revue Lumières Spirituelles.

*mené par Fâtimah Noureddine et reproduit sur le site islamona.center.

(1)la nature originelle fondamentale selon laquelle Dieu a créé l’être humain.

(2)Que Dieu nous préserve qu’elle arrive à un état de mort, éventualité évoquée par l’Imam al-Khomeynitra » morte pour les enfants.

(3)اتركه سبعاً وأدّبه سبعاً وصاحبه سبعاً Utrukuhu sab‘ann wa uddabuhu sab‘ann wa sâhibuhu sab‘ann

www.lumieres-spirituelles.net N°93 - Moharram & Safar1440 - Septembre-Octobre-Nov. 2018


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