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2026-02-16 | Readers 4 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Quelle culture nécessaire pour ..


Quelle culture nécessaire pour ...

... affronter les défis actuels?(2)

Sayyed ‘Abbas Noureddine est un écrivain et chercheur religieux libanais ayant mené des recherches approfondies dans les sciences islamiques. Après l’offensive sauvage américano-sioniste (et alliés) contre le Liban, il a abordé, le 2/12/2025, cette question de quelle culture est nécessaire pour affronter les défis de l’époque – ne concernant en fait pas que le Liban. Après qu’un point important – celui de la différence entre chercher à prouver l’existence de Dieu et chercher à développer la réalité de la croyance en l’Unicité divine, en l’Au-delà, en la Prophétie et en l’Imamat – a été soulevé, voici des exemples illustrant ce qu’implique la croyance en ces piliers de l’Islam.

1-Par rapport à la croyance en l’Unicité divine

Q-Comment aurait dû être la société si s’était réellement réalisée la valeur de l’Unicité de Dieu ? La société shi‘ite est accusée par certains d’être arriérée, affaiblie à cause de ses croyances…

R-On peut constater que ce qui domine, dans l’orientation générale de notre société, est la tendance matérialiste, la préoccupation pour le monde ici-bas et la négligence des affaires de l’Au-delà, des affaires morales, spirituelles.

Prenons par exemple, la question des ressources de la vie (ar-rizq). Les gens sont préoccupés, voire inquiets, par les ressources matérielles de leur vie(1).

—Cette anxiété ne s’harmonise pas avec la foi en Dieu qui est que Dieu est Celui Qui pourvoit. {… Et Dieu pourvoit qui (Il) veut sans compter.}(212/2 al-Baqara 

[Et cela est répété plusieurs fois, dans le noble Coran (cf.  37/3 Ale ‘Imrân ; 38/24 an-Nûr ; 19/42 ash-Shûrâ) et dans d’autres versets où les Prophètes rappellent que c’est Dieu Qui pourvoit les créatures et qu’au Jour du Jugement, elles le reconnaîtront (cf. 31/10 Yûnus ; 64/27 an-Naml ; 24/34 Sabâ’ ; 3/35tir).]

Si la question de l’Unicité concernant les ressources (ar-rizq) était ancrée dans la société, les gens (et ceux autour d’eux), ne seraient pas anxieux par rapport à cette question et se préoccuperaient davantage de questions plus importantes dans leur vie vers Dieu, comme les transformations morales, les réformes sociales.

—C’est un petit exemple. Dès lors que l’être humain est assuré de la Pourvoyance divine, il ne vit pas l’anxiété des ressources. Bien sûr, il ne s’agit pas de se tourner les pouces et d’attendre que Dieu pourvoie(2).

Je distingue l’intérêt (al-ihtimâm) et l’anxiété (al-hammat). L’intérêt, l’organisation, la planification, la précision, l’agencement, tout cela est demandé.

—Mais la préoccupation, l’anxiété sont le fondement de beaucoup de problèmes dont souffre l’être humain au niveau individuel et social.

Ainsi, il y a des sociétés qui ne se sacrifient pas, qui ne résistent pas en cas d’occupation de leur pays, ne répondent pas aux défis, aux menaces, par crainte de la pauvreté. Mais cela ne s’harmonise pas avec la croyance en Dieu et en l’Unicité. Toute chose se trouve entre les « Mains » de Dieu, l’ennemi, la vie, la mort ... {Béni soit Celui Qui a en Sa Main le royaume (al-mulk) et Il est Puissant sur toute chose.}(1/67 al-Mulk) {Gloire à Celui Qui a en Sa Main la royauté (malakût) de toute chose et vers Lui vous serez ramenés.}(83/36 Yâ Sîn)

Les gens ne passeraient pas tout leur temps à se préoccuper de leurs ressources, à les augmenter, à accumuler leurs biens, à dépenser tous leurs efforts en vue de s’enrichir toujours davantage, par crainte de la pauvreté. Beaucoup d’activités présentes dans la société islamique (de façon générale) sont liées à cette question, au lieu de se préoccuper davantage des choses morales, spirituelles, de la lutte dans la direction de Dieu.(3)

Il en est de même pour les autres piliers de l’Islam.

2-Par rapport à la croyance en la Résurrection, en l’Au-delà

La Résurrection signifie le voyage et la transformation du monde terrestre vers un autre monde. Et cet autre monde est en fait ‘l’architecture finale’ de ce monde. [Cf. {Le jour où la terre sera remplacée par une autre, ainsi que les cieux..}(48/14 Ibrâhîm)] Et qu’est-ce que nous faisons ? Nous nous comportons comme si la face de la terre était le fondement de la puissance, des capacités.

Nous ne pouvons pas comprendre le monde ici-bas sans comprendre le monde de l’Au-delà (avec ses différentes étapes). {Ils connaissent une apparence de(mina) la vie d’ici-bas et ils sont inattentifs à l’Au-delà.}(7/30 ar-Rûm) (« mina » (c.à d. « min ») dans le sens qu’il y a un fond, une profondeur, l’intérieur (al-bâtin), en ce bas-monde auquel les gens sont inattentifs.)

Et ce fond (cette profondeur) est l’Au-delà. Il y a beaucoup de vérités. Certaines nous sont encore cachées et d’autres ont été révélées. L’ouverture du croyant au monde de l’Au-delà est parfois exprimée par le mot « al-malakût » : {Et ainsi Nous avons fait voir à Ibrâhîmla royauté (malakût) descieux et de la terre afin qu’il soit de ceux qui ont la certitude(al-mûqinîna).}(75/6 al-An‘âm).

Le monde d’« al-malakût » est le fondement de toute chose, la source de tout bien. On ne peut pas comprendre le monde sur terre en sa vérité, en sa perfection, si nous ne tenons pas compte du monde « al-malakût ». C’est un point de faiblesse ou de manque de notre part dans notre mouvement vers le savoir et l’enseignement.

—Nous devons prendre contact avec ce monde de l’Au-delà (aussi appelé « al-malakût » ou encore « al-ghayb ») le véritable, très vaste, le fond (tin) de ce bas-monde, qui explique la vie sur terre, qui donne le sens à notre vie. Nous devons nous lier à lui et nous efforcer de l’atteindre. De cette façon, nous comprenons mieux notre vie.

Q-Comment y arriver ? Tout le monde n’est pas comme le Prophète Ibrâhîm(p) !

R-Par l’intermédiaire du noble Coran qui est le Livre du « ghayb », plein d’évocations (de rappels) des vérités sur l’Au-delà. Et aussi des informations données par les Prophètes, les Proches-Elus Infaillibles(p) ainsi que des visions (mushâhadât) des gens de la vision (ash-shuhûd). Nous avons un patrimoine très riche dans ce domaine, dont la présence est malheureusement très limitée dans notre vie.

Peut-être que cela vient de ce que nous n’avons pas entièrement saisi la relation substantielle entre le monde ici-bas (ad-dunia) et l’Au-delà, au niveau de la connaissance et des vérités. Nous pensons qu’en accumulant les bonnes actions en ce bas-monde, nous allons en récolter les fruits là-bas, quand nous passerons dans l’Au-delà. Cette façon de voir (limitée) nous a privés de beaucoup de choses. (…)

Alors que toute chose, dans la vie en ce bas-monde, a des vérités, des fondements dans cet autre monde. Toute chose, même la matière, les plantes… Nous avons beaucoup de hadiths qui parlent du devenir des plantes, des animaux, des êtres humains, du devenir des choses créées. Si nous prenons connaissance de ces vérités et si nous revenons à elles en ce bas-monde, nous pouvons en profiter en vue de remplacer ce bas-monde par l’Au-delà.

La vision finale nous donne l’orientation, la direction, l’architecture finale. La mort est pour certains nécessaire pour voir l’Au-delà. Mais pour d’autres, ils le voient avant et en profitent en ce bas-monde [comme les Prophètes qui, d’ailleurs, nous ont transmis le savoir que Dieu leur a révélé].

3-Par rapport à la croyance en la Prophétie

Q-Concernant les Prophètes, peut-on considérer qu’ils ont tous réussi dans leurs tâches, qu’ils ont été victorieux dans leur excellence à réaliser leurs objectifs ?

R-Chaque Prophète avait la possibilité de façonner une société lumineuse, croyante, pratiquante. Il pouvait le faire seul. Mais les Prophètes ne sont pas venus pour cela. Ils sont venus pour ‘façonner’ (sana‘a) [éduquer] les gens, pour les rendre croyants, pieux, se perfectionnant. C’est cela leur objectif fondamental. Pas de les forcer à cela. Certes, le Prophète peut le faire – imposer aux gens de se comporter comme des croyants. Dieu lui a donné cette capacité et elle est présente en lui. Mais est-ce que ceux-là seront [véritablement] des croyants si la foi se réalise par la force ? – La foi ne se réalise pas par la force, par la coercition.

Ainsi, l’objectif des Prophètes est-il de faire en sorte que les gens s’activent sur ce chemin, par choix, qu’ils soient croyants, cherchant à se perfectionner, à être pieux, actifs, de leur propre choix.

Les Prophètes ont transmis et ancré dans la vie du genre humain, un groupe important de valeurs et de connaissances de la vie, et les gens n’ont qu’à y croire et agir selon elles. S’ils y croient de leur propre volonté, ils pourront être sur ce chemin [vers Dieu] et réaliser les objectifs finaux. Les Prophètes n’ont utilisé leurs capacités qu’en vue de présenter un exemple – ce qui est appelé parfois ‘compléter l’Argument’ (itmâm al-Hujjah). (…)

C’est pourquoi nous disons que les Prophètes sont victorieux .. mais d’un autre côté, que le genre humain n’a pas profité d’eux comme il le fallait.

Il n’est pas possible que le genre humain marche sur la juste voie, si les principes fondamentaux de la foi, de la morale de l’Islam, ne sont pas ancrés dans la vie sociale. Après, viennent la puissance, les capacités (al-iqtidâr). Cela est certes demandé mais cela vient après. Nous voulons un Etat puissant, mais si les valeurs morales ne sont pas ancrées en lui [en cet Etat], ce dernier transforme les gens en des bêtes sauvages, farouches par rapport à eux-mêmes et par rapport aux autres. Et cela est totalement refusé.

Q-Les Prophètes ont pu entrer en contact avec l’autre monde de leur vivant et ont essayé de changer la vie des autres. Cette connaissance de l’Au-delà ne leur a pas donné un avantage sur les ennemis de Dieu, et par suite, à nous ? Même au niveau de la fabrication des armes, par exemple ?

R-Les Prophètes sont venus en vue d’affaiblir les tyrans et de lutter contre leur volonté de dominer et d’asservir les croyants. Mais on peut constater que ce sont les tyrans qui ont augmenté leurs capacités, leur puissance de domination, de répression des croyants et autres(4). C’est-à-dire, nous sommes sortis du parcours de la voie indiquée par les Prophètes(p). Certes, nous croyons que le savoir et la connaissance sont auprès de Dieu, de Ses Proches-Elus. Mais est-ce suffisant ?

L’affrontement actuel(4) est un affrontement ancien, permanent, celui des Prophètes contre les tyrans et ils (les Prophètes) marchaient selon un parcours déterminé.

Les Prophètes avaient un plan, un programme pour le genre humain, pour cette terre et ils marchaient selon celui-ci afin de réaliser les résultats demandés dont celui d’anéantir la force coercitive des incroyants et des tyrans. Ils n’ont pas échoué dans leur appel ni dans l’accomplissement des choses nécessaires pour la réalisation de leurs objectifs. Et on peut constater qu’ils ne comptaient pas uniquement sur les forces occultes (ghaybiyyah), (comme la descente des Anges lors de la bataille de Badr – [cf. les versets 123-124/3 Ale ‘Imrân] mais aussi sur la domination, la maîtrise des possibilités de ce monde. Par exemple, nous voyons dans le noble Coran : {Nous luiavons appris [au Prophète Daoud]la fabrication des cottes de mailles afin qu’elles vous protègent contre vos violences...}(80/21 al-Anbiyâ’)

Ceux-là avaient une vision claire sur comment se comporter avec les matières de ce monde, avec ses possibilités naturelles. Et par suite, quand nous suivons les Prophètes, nous prenons connaissance de ces possibilités, de ces capacités pour réaliser l’objectif.

Mais la condition pour en profiter véritablement est la foi en la Promesse divine, en la Présence de Dieu, en Sa gestion. [Nous y reviendrons dans la 3e partie.]

 Dieu a donné l’exemple de Sâmirî (dans Son Livre) pour dire que le savoir peut être donné à d’autres que les croyants en Dieu, mais que le résultat est alors une catastrophe pour eux-mêmes et pour les autres. Cet exemple montre l’importance de la priorité de la foi en Dieu, alors que Sâmirî avait pour objectif d’asservir banî Isrâ’îl(5).

Selon la méthode des Prophètes, la puissance et la maîtrise des possibilités présentes dans la nature se font suivant la foi, les priorités sociales vers Dieu et l’arrangement de l’organisation sociale selon les règles divines de la Religion. Arrive alors la puissance, de façon naturelle, qui, à son tour, augmente la foi et renforce la coordination sociale.

4-Par rapport à la croyance en l’Imamat

Q-Vous avez parlé de l’Imamat, de vérités dissimulées .. etc., et en même temps, vous dites que nous ne profitons pas de la présence de l’Imam(qa). Pourquoi ?

R-Y a-t-il quelqu’un qui connait l’Imam(qa) et qui douterait une seconde qu’il(qa) a le Savoir absolu, le savoir de toute chose, de ce qui est et de ce qui doit être ?… Ces savoirs dont nous avons besoin pour le changement de nos états, la réforme, l’avancée, le perfectionnement, pour que nous soyons victorieux [sur les ennemis de l’Islam], grandioses. Tous les gens savent cela.

Mais la plupart du temps, quand nous visitons les Imams(p) ou quand nous demandons leur intercession, nous demandons cela ? Combien de gens demandent, de leur Imam, la connaissance et le savoir [nécessaires dans la Voie de Dieu] alors que c’est ce qui est le plus important auprès de l’Imam, dans la vie ?

Q-Le fait de tirer profit de l’Imam(qa) proviendrait de la demande ? Ou il y a d’autres voies pour profiter de lui(qa)?

R-Un hadith dit : « Les Prophètes ne lèguent pas des dinars ou des dirhams, mais ils lèguent le savoir. Alors, celui qui a pris de lui a pris une part abondante. »(6) Les Imams ont hérité des Prophètes. Si vous voulez profiter du savoir, de la station ou de la valeur comme eux, alors il faut le leur demander. [C’est-à-dire, auprès d’eux, ceux qui ont le vrai savoir.] (…) C’est la chose la plus importante qui est arrivée au genre humain, le savoir. Et cette chose n’est pas présente comme il le faudrait dans la vie de ceux qui [prétendent] suivre les Imams, de ceux qui [prétendent] les aimer. C’est ce que l’on peut constater.

Vient alors la question de quoi faire après avoir pris conscience de l’importance de tout cela. C’est ce que nous allons voir la prochaine fois.

(1)Crainte d’autant plus amplifiée que l’ennemi attaque dans ce domaine.

(2)Cf. le fameux hadîth du Prophète Mohammed(s) : « Attache-la [la chamelle] et compte sur Dieu ». اعُقلها وتوكل على الله

(3)Sayyed cite alors un autre exemple (la prière pour faire tomber la pluie) que nous reprendrons dans la 3e partie de cet entretien.

(4)sans doute en allusion aux évènements actuels en Asie occidentale et ailleurs..

(5)Cf. les 85 & 88 & 95-98/20 TâHâ . Après la sortie du peuple du Prophète Moussa(p) d’Egypte et le miracle de la mer fendue en deux, Dieu a voulu le mettre à l’épreuve : {[Dieu] dit : Nous avons mis à l’épreuve ton peuple après ton[départ] et as-Sâmirî les a égarés}(85/20 TâHâ). {Il[Sâmirî] a fait sortir[de l’or jeté dans le feu] un veau, un corps pour lui beuglant faiblement. Alors ils ont dit : C’est votre divinité et la divinité de Moussa, il a alors oublié.}(88/20 TâHâ). Au retour de sa rencontre avec Dieu (qu’Il soit Glorifié), le Prophète Moussa(p) demanda des comptes à son frère Harûn puis s’adressa à Sâmirî : {Ildit : Quel est ton propos, ô Sâmirî ? èIl dit : J’ai vu ce qu’ils n’ont pas vu, j’ai pris une poignée de la trace de l’envoyé puis je l’ai lancée. Voilà ce que mon âme m’a suggéré.}(95-96/20 TâHâ). Cet exemple montre aussi l’importance du « jihâd an-nafs », c’est-à-dire la lutte de/contre l’âme (ordonnant le mal (cf. 53/12 Yûsuf)), dans la voie de Dieu.

(6)Usûl al-Kâfî d’al-Kulaynî, vol.1, Bâb 4 pp82-83 H1.

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