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2026-06-09 | Readers 17 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

La théologie politique et le messianisme dans l’islam chi’ite


La théologie politique

et le messianisme

dans l’islam chi’ite

XVIII-XXe siècles

Mohamad Réza Fashahi

L’Harmattan (juillet 2004) 80p

Le titre de ce petit livre est alléchant surtout que son auteur, Mohamad Réza Fashahi, est un Iranien vivant en France, enseignant la philosophie à Paris VIII, après avoir été étudiant auprès de Jacques Berque et de François Châtelet. Malheureusement, ce titre n’a rien (ou peu) à voir avec son contenu !

Cet ouvrage correspond, en fait, au rassemblement de deux extraits de deux ouvrages publiés à Téhéran, le premier tiré d’un livre publié en 1977 sur le Shaykhisme et sur le Bâbisme(1), et le second sur l’avènement de la Révolution Islamique en Iran sous la direction de l’imam al-Khomeynî(qs)(2).

Ce petit livre de 80 pages commence par parler de deux sectes déviées du shi‘isme (taxées de « ghulâts » par le shi‘isme duodécimain, c’est-à-dire condamnés et maudits par eux) :

•le Shaykhisme (avec ses principaux fondateurs al-Ahmed Ahsâ’î (1166-1241 (1753-1826)) et sayyed Kâzem Rashtî (1212-1259 (1798-1843)))

•le Bâbisme (s. ‘Alî Mohammed « al- Bâb » (1235-1266 (1819-1850))).

 

L’auteur les présente comme étant des :

« annonciateurs de l’achèvement du Moyen-âge et de l’avènement des Temps modernes en Iran » !

 

Même ! Il les assimile, par un raccourci extraordinaire, au courant ésotérique de l’Islam et à l’école « al-Akhbarî » (les « littéralistes »), école apparue au XVIIe siècle et qui depuis a disparu, contre l’école « al-Usûlî »!

 

•Une troisième partie est réservée au courant des « Usûlî» (les « fondamentaux » opposés aux « Akhbarî »), qui serait représenté en ces temps modernes par l’imam al-Khomeynî(qs), le fondateur, selon ses termes, d’une « théocratie shi‘ite » dont l’imam(qs) serait « le roi » !!

Et il voit à la base de cette « théocratie shi‘ite », un « complexe d’infériorité ressenti par les religieux depuis quatorze siècles pendant lesquels ils ont été maintenus à l’écart du pouvoir politique ».

 

En même temps, il affirme qu’elle est :

« le résultat naturel d’une évolution sociologique et philosophique qui s’est faite au tournant des XIXe et XXe siècles en Iran »: l’apparition de ces sectes shaykhistes et bâbistes qui, malgré la répression qu’elles ont subie, seraient (selon l’avis de l’auteur) à l’origine de l’apparition de la « philosophie des lumières » (la révolution constitutionnelle de 1906 – la « naissance de l’Iran moderne » 1850-1906).

 

Les autres facteurs cités : la répression de la pensée par la dynastie Pahlavi et son totalitarisme qui auraient favorisé le retour à la théologie.

 

Ainsi, ce qui aurait préparé le terrain à la propagation et à l’extension des idées politiques, religieuses et idéologiques des théologiens actuels en Iran serait :

« la répression du mouvement philosophique et de la liberté, les opinions d’al-Ahmed, la profonde crise politique, l’ignorance et le retard culturel»

 

En même temps, il affirme que l’évolution de la pensée religieuse s’est faite sous l’influence de textes grecs, niant la portée du riche patrimoine islamique transmis par les Infaillibles (dont Ahl al-Beit(p)) dans l’évolution de la pensée shi‘ite.

 

Cela ne l’empêche pas de critiquer au passage, avec virulence, ‘Alî Sharî‘atî à qui il est reproché la superficialité de ses connaissances tant islamiques que non-islamiques.

 

Continuant à bafouer la valeur religieuse, intellectuelle, philosophique, morale des grands leaders de la Révolution islamique, de l’imam al-Khomeynî(qs), de sayyed Tabâtabâ’î(qs), de shahîd Mutaharî(qs), il les taxe de « penseurs néo-scolastiques et néo-mu‘tazilites », et fait des citations déplacées (en dehors de leur contexte).

 

Et il conclut par :

« Il est évident que la conception du monde et l’idéologie des musulmans shi’ites se situent, dans toutes les dimensions, à l’opposé des autres écoles de pensée et des autres idéologies orientales ou occidentales. »(p71)

 

Aussi appelle-t-il à une révolution philosophique de l’Iran contre le « pan-iranisme des rois » (représenté par la dynastie Pahlavi) et contre le « pan-islamisme des théologiens » (représenté par la Révolution Islamique).

 

Puis il termine par :

« A vrai dire, on ne sait toujours pas s’il faut dire adieu au Moyen-âge et saluer les Temps modernes ou dire adieu aux Temps modernes et saluer le Moyen-âge. » ?

 

L’auteur chercherait-il à régler ses comptes sur le terrain de la francophonie en déformant la vérité sur l’Islam shi‘ite tel qu’il s’est développé en Iran et en alimentant le courant islamophobe anti-shi‘ite, iranien notamment.. ?

 

Pour les gens qui recherchent la vérité du shi‘isme, ce livre, sous des apparences d’érudition, n’a pour objectif que de les égarer davantage et de les éloigner de la réalité.

 

(1)Un dernier mouvement médiéval en Iran écrit en 1975 et publié en 1977 (Éditions Djâvidân, Téhéran).

(2)L’avènement de la théocratie chi’ite en 1979.

www.lumieres-spirituelles.net     No141 – Muharram-Safar 1448H – Juin-Juillet-Août 2026


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