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2021-10-01 | Readers 94 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Davi Kopenawa (un chaman au Brésil)


Davi Kopenawa

Davi Kopenawa, chaman, guérisseur (pajé) et leader du peuple indigène yanomami du Brésil, est un homme en colère. Face à la destruction de la forêt et à l’avancée meurtrière des trafiquants de bois et autres « garimpeiros » (les orpailleurs clandestins) sur ses terres, il sonne l’alarme aux quatre coins du monde avec une grande lucidité*.

Un aperçu de sa vie

Né en 1956, Davi Kopenawa vit, enfant, sa famille décimée par les maladies infectieuses propagées par les Blancs (comme la rougeole, la malaria, la tuberculose).

Recueilli par le chef de la communauté Yanomami des Watorikis, en pleine forêt amazonienne, il en deviendra le chef chaman de cette communauté par la suite.

Vers l’âge de 10 ans, il subit un temps le prosélytisme des missionnaires anglophones, mais fut rapidement rebuté par leur fanatisme et leurs mensonges.

Il revint alors à ses croyances primordiales et travailla un temps comme interprète de la Funai (la Fondation nationale de l’Indien), ayant appris le portugais.

Mais il contracta la tuberculose et fut guéri grâce au grand Pajé (guérisseur) de sa communauté/village (aldeia) dans son territoire yanomami amazonien. Il décida alors d’y rester et d’y vivre, selon leurs coutumes ancestrales.

Il aura entretemps acquis une compréhension précise de la logique prédatrice des napë (les Blancs qu’il qualifie de « peuple de la marchandise ») et sera en même temps convaincu de la nécessité de faire connaître la cause des Yanomami et de la forêt amazonienne qui sont en grand danger et de se battre par tous les moyens pour faire reconnaître leurs droits.

En effet, dans les années 1980, leur territoire fut envahi par les orpailleurs (une véritable ruée vers l’or, accompagnée de l’ouverture de près d’une centaine de pistes d’aviation clandestines). Avec leur arrivée, ce fut le développement des maladies mortelles, des bagarres, de la pollution au mercure, et même des attaques accompagnées de massacres et d’empoisonnements.

En 1992, il parvint à faire démarquer la Terra Indigena Yanomami, un territoire de 96 650 kilomètres carrés, soit une superficie légèrement supérieure à celle du Portugal, mais sans obtenir un vrai droit de propriété sur leurs terres.

En 2004, avec d’autres leaders locaux, Davi fonde l’association Yanomami Hutukara (baptisée ainsi d’après l’ancien ciel de laquelle est née la terre) pour défendre la terre, la santé et la culture et les droits des Yanomami. Elle jouera le rôle d’ambassade des Yanomami (de ceux du Brésil et du Venezuela, séparés en 1940 lorsque le Brésil délimita ses frontières avec le Venezuela auprès des Blancs).

En 2015 Les échantillons de sang prélevé sans leur consentement auprès de communautés yanomami dans les années 1960 et stockés dans divers instituts de recherche américains sont finalement retournés aux Yanomami. Les Yanomami accomplissent des rites funéraires pour le sang de ceux qui sont morts depuis.

Les croyances du peuple Yanomami

Davi Kopenawa nous explique leurs croyances.

« Notre conscience est différente. Nous pensons différemment des Blancs.

Croyance en Un Créateur

C’est Omam [Divinité indigène] qui a tout créé. C’est notre Créateur. Et quand la terre est apparue, l’homme de la forêt est apparu lui aussi. Nous sommes tous les fils d’Omam, il est là, mais personne ne le voit. 

La Terre est notre vie, elle remplit nos ventres, elle est notre joie. C’est bon de la sentir, de la regarder… C’est bon d’entendre chanter les araras, les arbres, la pluie. »

« La beauté de la terre est importante pour nous. Ce que la nature a créé doit être préservé, on doit en prendre grand soin. La nature apporte beaucoup de joie, la forêt est très importante pour nous.

La forêt est une maison, et elle est beaucoup plus jolie que la ville, verte, belle, vivante. La ville est comme du papier. Pourquoi allez-vous à l’école? Pour apprendre à détruire? »

Croyance en l’ ‘esprit de la forêt’

 

« Nous croyons en l’esprit de la forêt (Xabori) qui nous donne tout ce dont on a besoin pour vivre. Aussi nous essayons de vivre en meilleure harmonie avec elle en ne prélevant d’elle que ce dont on a besoin pour ne pas lui nuire et la préserver le mieux possible. »

« Le gouvernement fédéral prétend que ce qui est sous terre lui appartient. Comment pourrais-je croire que le gouvernement est maître de tout ce qu’il y a sous terre ? Ce sont eux qui ont inventé. Mais nous connaissons le maître de la terre. »

« Quand je suis tombé malade, j’ai passé un mois pendant lequel je n’ai rien pris d’autre que de la yãkoãna[plante hallucinogène soufflée dans le nez avec une longue paille par un autre pajé] jusqu’à pouvoir rêver. J’ai rêvé du Xabori, l’esprit de la forêt, et ça a été très bon. Il est ma racine et il m’a dit de rester avec lui. J’étais suivi par le Grand Pajé pendant cette séance de pajelanças[rituel de guérison réalisé par le pajé guérisseur]. 

Depuis, je fais des travaux de guérison avec la yãkoãna. J’appelle le Xabori[l’esprit de la forêt] et il reste à mes côtés et je guéris mes fils, ma femme, mes frères.. Je n’utilise le yãkoãna que pour illuminer, pour pouvoir voir. C’est la tradition. »

[Davi est même devenu un chamane guérisseur renommé leader de sa communauté.]

Croyance en des ‘esprits’

 « Qui que soit le chamane, il doit les accepter [les xapiripë oushapiri, esprits], les connaître. » (…)

 « Nous, les Yanomami, nous apprenons avec les grands xapiripë oushapiri(esprits). Nous apprenons à les connaître, à les voir, à les écouter.

L’initiation se déroule sur plusieurs semaines avec inhalation du yakoana. Le corps, en transe,est dépouillé, mis en pièces, lavé et orné par les esprits xapiripë, avant d’être retourné puis recomposé. On apprend alors sous la conduite des anciens à répondre aux chants des xapiripë, et à les enrôler à titre d’esprit auxiliaire. (…)

« Nous sommes nomades, c’est la coutume. Quand j’étais petit, on habitait quatre endroits. On passait un an ou deux quelque part, [nous ne comptons pas de façon précise] puis la terre et le gibier donnaient moins et on s’en allait.

Nous ne chassons à l’arc que pour nous nourrir avec respect, remerciement et reconnaissance à l’ ‘esprit de la forêt’. Tout est déjà produit depuis longtemps : le gibier, les poissons, les rivières, les arbres, tout est là pour que l’Indien puisse vivre, il y a même les remèdes. Et l’arbre n’est pas de la viande, il n’y a rien à faire; l’arbre, il faut juste le laisser là où il est, il est déjà préservé. C’est pourquoi nous devons protéger la forêt pour la préservation de la nature.

Nous avons l’aldeia (communauté/village) et nous chassons, et eux aussi [les animaux] chassent et ont un endroit où vivre. Pour faire nos huttes, nous utilisons le savoir traditionnel, nous prenons des feuilles, des lianes et nous les construisons. Et la maison du jaguar? Il cherche dans la pierre un bon trou pour y vivre (…). »

« Vous les napë [en parlant des Blancs] vous ne bougez pas. Vous laissez croître la ville, vous menez une déforestation massive pour l’élevage, la culture (intensive de riz et de soja), le trafic de bois, de l’extraction d’or, d’argent, de diamant, la bonne terre (pour faire des briques) et tout cela pour gagner toujours plus d’argent avec hubris(1). Le soja est très mauvais pour la terre, il détruit les sources. Et les sources sont très importantes, pour tout le monde. Le napë (le Blanc)ne veut pas préserver la nature, prendre soin de la terre. Il ne pense qu’à détruire, à prendre les richesses de la forêt. Le napë (le Blanc) ne pense qu’à l’argent. »

« Il faut pourtant penser au futur, à ce qui va arriver aux générations futures, ou bien d’ici cent ans notre planète sera comme un terrain de football, sans arbres, sans oiseaux et sans eau propre, sans beauté et sans Indiens. Et quand il n’y aura plus ni Indien ni forêt, cela sera la fin du monde.

Le peuple de la terre va souffrir. On ne tiendra même pas cent ans, le peuple indigène est encerclé. Mes fils sont encore là, mais mes petits-fils, les Blancs essaieront de les acheter avec leurs portables, la télé, les jeux, la voiture, l’internet, l’alcool.. Et sans leader traditionnel dans l’aldeia (communauté/village) et sans terre, l’Indien souffrira plus qu’aujourd’hui. »

« Pour sauver la planète, les Blancs doivent changer leur manière de penser et d’agir. C’est pourquoi je vais dans des conférences pour parler, parce que les peuples de la forêt peuvent aider à réaliser ce changement. Personne n’interagit aussi bien avec la nature que les peuples qui sont nés en son sein depuis qu’ils existent sur la planète. Mais peu de gens se sont intéressés à ce que j’avais à dire. Les Blancs parlent de pollution, de changement climatique, etc., mais tout ça, ce sont les erreurs des Blancs qui se manifestent. »

*cf. Raoni Metuktire un autre grand chef (spirituel) du peuple des Kayapos au cœur de la forêt amazonienne côté Brésil in L.S.66

(1)C’est-à-dire avec démesure et orgueil..

www.lumieres-spirituelles.net     No112 – Rabî‘ I & II 1443 – Oct.-Novembre-Déc. 2021


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