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2021-12-02 | Readers 550 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Sayyida Mardiyya Dabbâgh, la pure


Sayyida Mardiyya Hadîdjî Dabbâgh

(12.6.1939 – 17.11.2016)

A l’occasion du jour anniversaire de la naissance de sayyida Fâtima az-Zahrâ’(p), décrété « Jour mondial de la Femme » par l’imam Khomeynî(qs), la Revue Lumières Spirituelles publie deux pages spécifiques concernant la femme. Cette fois-ci, nous allons parler d’une grande dame combattante iranienne qui assuma de hautes responsabilités militaires, sécuritaires et politiques auprès de l’Imam al-Khomeynî(qs) : Mardiyyah Hadidjî (connue sous le nom de « Tâhira Dabbâgh » (La pure Dabbâgh)), la femme la plus connue en Iran, une femme de fer exceptionnelle qui participa à la victoire de la Révolution islamique en Iran, la Jeanne d’Arc iranienne ! Elle rendit l’âme le 17 novembre 2016 à l’âge de 77 ans, après une longue maladie.(1)

Durant les années de résistance au Shah

Sayyida Mardiyyah Hidîdjî naquit dans une famille cultivée et pratiquante le 12 juin 1939 dans la ville de Hamadân et profita beaucoup du savoir de son père qui était relieur de livres, qui lui enseigna le noble Coran et le Nahj al-Balâgha. En 1954, elle se maria avec Mohammed Hassan Dabbâgh et quitta Hamadan pour se rendre à Téhéran avec son mari. 

Ce fut une occasion pour elle de poursuivre ses études religieuses jusqu’au niveau de « sutûh » (avant les recherches extérieures) auprès d’Ayatollah martyr Mohammed Ridâ Sa‘îdî. C’est au début des années soixante (1961-1962) qu’elle commença ses activités politiques clandestines dans une des cellules supervisées par l’Ayatollah martyr Sa‘îdî.

Mais son histoire avec l’imam al-Khomeynî(qs) commença un peu plus tard, et par un rêve qu’elle eut durant une des nuits de l’année 1963 : dans son rêve, un sayyed devait lui rendre visite ou un sayyed souffrait beaucoup et elle voulait l’aider ou le servir. A cette époque, elle ne connaissait pas l’imam al-Khomeynî(qs), mais elle sentit que derrière ce rêve il y avait un message et qu’il fallait qu’elle aille à sa recherche, qu’elle l’aide. Quelques mois plus tard, elle rencontra l’imam al-Khomeynî(qs) et elle sut que c’était lui qu’elle avait vu en rêve. Depuis ce moment-là commença son combat, auprès de lui(qs) contre l’injustice, contre le shah.

Parmi les souvenirs de cette époque qu’elle n’oubliera jamais : la diffusion des tractsde l’imam al-Khomeynî(qs). En un temps très court, des milliers de tracts étaient diffusés, sans que la Savak ne sache comment !

« Nous entrions dans une boutique, de légumes par exemple, nous en achetions et quand le vendeur avait le dos tourné pour mettre l’argent dans le tiroir-caisse, nous déposions les tracts dans la balance et nous sortions. Personne ne savait qui les avait déposés.. Parfois nous prenions un taxi ou autre moyen de circulation et au moment de descendre, nous laissions derrière nous les tracts. Et ainsi ils touchaient un grand nombre du peuple iranien. »

Et de ses souvenirs les plus douloureux les massacres menés dans les rues de Téhéran par les membres de la Savak aussi facilement que s’ils buvaient de l’eau ! Le faux et le vrai apparaissaient de façon très claire et s’affrontaient avec force.

Elle fut arrêtée par la Savak et détenue pendant près de deux ans (1972-1973) durant lesquels elle fut sauvagement torturée. N’ayant rien obtenu d’elle, la Savak la relâcha à moitié morte. Après une seconde arrestation, elle quitta Téhéran, y laissant ses huit enfants.

Commença alors son exil forcéd’abord à Londres avec l’aide de shahîd sheikh Muhammed Montazari, puis en Syrie et au Liban avec le martyr Shumrân où elle put recevoir une formation militaire et sécuritaire et en 1975 à Najaf avec sayyed Muhtashimî. Là elle s’installa dans la maison de l’imam al-Khomeyni(qs), en tant que responsable de la sécurité de la maison.

Et quand Saddam Hussein ne permit plus à l’imam(qs) de rester à Najaf, en 1978, et qu’il dut s’en aller en France, elle l’accompagna dans ce nouvel exil à Neauphle le château, près de Paris, pour assurer sa sécurité. Elle était convaincue que la victoire était proche et qu’elle retournerait prochainement à Téhéran auprès de ses huit enfants.

Les jours passés dans la maison de l’imam al-Khomeynî(qs) à Najaf et à Paris furent les plus importants de sa vie. Elle put connaître de près la personnalité de l’imam(qs).  Elle était ébahie par son courage, sa vision lointaine et perçante des choses, son organisation du temps, son ascétisme et la simplicité de sa vie très organisée, sa morale élevée et sa vision de la femme. Combien la participation des femmes à la révolution, à la vie sociale et politique était importante pour l’imam al-Khomeyni(qs) ! Il(qs) insistait sur le fait qu’il n’y avait pas de différence entre l’homme et la femme dans l’exécution du devoir.

A Neauphle le château, il(qs) lui demandait de transmettre des lettres ou de contacter des sympathisants dans différentes régions de la France (non sans soulever la surprise des occidentaux), parfois de lui apporter des documents. Il(qs) lui confiait parfois des tâches particulières, en plus de celles sécuritaires et certaines domestiques dont elle avait la charge. Elle ouvrait les lettres de l’imam pour des raisons de sécurité avant qu’il ne les lise.

Une fois « alors que j’étais en train d’ouvrir les lettres dans la cuisine, l’imam(qs) arriva en disant :

« Je ne suis pas d’accord ». Je pensais que l’imam(qs) croyait que je lisais les lettres. Je lui dis : « Je vous jure par votre aïeul, le Messager de Dieu(s), que je ne regarde pas le contenu des lettres. Je ne fais que les ouvrir pour des raisons de sécurité pour être sûre qu’il n’y aura aucune mauvaise suite. » L’imam(qs) dit : « Ce n’était pas cela que je visais ! S’il y a un danger, pourquoi n’est-il pas pour moi ? » Je lui dis : « Mon maître l’imam, le peuple iranien vous attend. » Il(qs) dit : « Il y a là-bas 8 enfants qui t’attendent en Iran. » Je lui dis : « Ne vous en faites pas ! J’ai été entrainée pour ce travail et il n’y a pas de danger pour moi. » »

L’imam(qs) l’appelait « ukhtî Tâhira » (ma sœur Pure) et veillait sur elle comme si elle était de sa famille.

Le retour en Iran avec l’Imam al-Khomeynî(qs) - la victoire de la révolution islamique

Elle retourna en Iran avec l’Imam al-Khomeynî(qs). Et ce fut la victoire de la révolution islamique !  Elle retrouva sa famille et ses huit enfants et on aurait pu croire que ses activités allaient s’arrêter là !

Non ! Elle fonda à Hamadan les Gardiens de la Révolution et en assuma la direction durant de nombreuses années. Elle dirigea le mouvement de la mobilisation des femmes (1987-2012) et plus tard, elle devint députée au Parlement iranien durant trois mandats, représentant tantôt les habitants de Téhéran, tantôt ceux de Hamadan. Elle enseignait également les « connaissances islamiques » à l’Université des sciences et technologies à Téhéran.

« Un jour, quelqu’un la vit travailler comme chauffeur de taxi, au milieu de la nuit. Cette personne la connaissait bien ainsi que son haut rang, aussi fut-elle surprise. Quand l’imam al-Khomeynî(qs) en fut informé, il(qs) demanda après elle pour l’interroger sur ce sujet. Elle lui(qs) dit : « J’ai pris en charge deux familles pauvres. Mais cela m’est difficile. Il faut que je travaille davantage pour pouvoir le faire. » »

La lettre à Gorbatchev en 1988

En 1988, l’imam al-Khomeynî(qs) lui demanda de faire partie de la délégation(2) qui devait porter sa lettre historique à Gorbatchev. Comme s’il(qs) voulait montrer au monde entier que la présence de la femme était nécessaire dans tous les domaines, en plus du fait que le choix avait été porté sur elle pour ses qualités particulières dans le domaine de la sécurité, du combat et de la politique. Les occidentaux furent surpris de voir une femme portant un tchador noir transmettre le message de paix de l’imam al-Khomeynî(qs) au président de l’Union Soviétique d’alors Gorbatchev en l’an 1988. Gorbatchev, quant à lui, apprécia sa présence au sein de la délégation.

Elle n’oublia pas la réprobation de Gorbatchev sur certains points de la lettre, notamment celui de l’appel de l’imam al-Khomeynî(qs) à envoyer leurs experts à Qom – « Est-ce que l’imam accepterait que l’on l’appelle à croire en nos croyances ? » – De même il fut dérangé par la phrase de l’imam disant que le communisme était à ranger dans le musée de l’histoire et qu’il(qs) se considérait associé à la réalisation du destin des Musulmans dans tout le monde.

Puis sayyida Dabbâgh ajouta que Gorbatchev lui dit après quelques années : « Si seulement j’avais compris le propos de l’imam quand il m’envoya la lettre comme je le comprends maintenant, notre pays se serait transformé en un paradis. »

L’avis de l’imam al-Khâmine’î(qDp)

Il y a des années, je suis tombée très malade. J’ai demandé à l’imam al-Khâmine’î(qDp) l’autorisation de mener une opération martyre contre l’armée israélienne. Elle lui dit : « Il ne me reste plus rien que ce corps malade.. Je veux l’offrir à l’Islam.. » L’imam al-Khâmine’î dit : « Nous avons grand besoin de votre existence et de votre souffle parmi nous. » Il ordonna qu’on l’envoie se soigner dans un endroit à l’air pur.

Une fois, on lui demanda si elle avait un jour regretté sa vie de combattante dans la voie de la révolution.

Elle répondit : « Non ! Si je pouvais me tenir debout et si je n’étais pas malade, je serais en Syrie en ce moment ! » Celle qui était appelée par tous les Iraniens, la « femme de fer de la Révolution » pleurait cependant chaque fois qu’était évoqué le nom de l’imam al-Khomeynî(qs) devant elle. Elle disait que le « dépôt » était lourd, très lourd…

Quand elle mourut, le 17 novembre 2016, l’imam al-Khâmine’î(qDp) dit : « Je pleure le départ de cette femme révolutionnaire, courageuse, infatigable, dont ni la prison, ni la torture à l’époque du Shah ne pouvaient faiblir la détermination à défendre la Révolution et à assumer ses responsabilités. Je demande à Dieu que cette femme pure et sincère soit couverte de la Miséricorde et de la Grâce de Dieu. »

(1)Cet article a été rédigé à partir de « 23 ‘âmann wast at-tawfân… mudhakirât al-munâdilat al-irâniyyah al-hâjjat mardîyyat Dabbâgh » de Mohsen al-Kâzhimî ; « Zanâ az tabâr al-Wand » de Muna Iskandrî, et de l’article « Imra’atu ath-thawra al-hadîdiyyah » de Omayma ‘Alîq, in al-intiqâd 2008 Téhéran

(2)avec Ayatollah Jawâdî Amolî et sayyed Larîjânî. Le fils de l’imam(qs), sayyed Ahmed insista pour que nous écrivions notre testament avant de partir tant ce voyage paraissait dangereux !

www.lumieres-spirituelles.net     No113  -  Jumâdî I & II 1443 – Décembre-Janvier  2022


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