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2024-05-08 | Readers 132 | Share with your Twitter followers Share on Facebook | PDF

Le Bouddhisme, associationniste ? (3)


Le Bouddhisme, associationniste ? (3)

Pour mieux connaître et comprendre le bouddhisme, nous reproduisons ici l’avis de Reza Shah-Kazeni, qu’il a exposé dans son livre sur le bouddhisme(1), sur cette question de l’associationnisme dont est souvent accusé le bouddhisme.

« En Islam, l’associationnisme (ash-shirk) est non seulement l’erreur doctrinale d’« associer des partenaires » à Dieu, ou d’attribuer la divinité aux idoles ; il est aussi le « péché » délibéré d’adorer quelque chose d’autre que Dieu : {(…) alors que celui qui espère la rencontre de son Seigneur, fasse bonne œuvre et n’associe personne dans l’adoration de son Seigneur.}(110/18 al-Kahf)

Par conséquent, lorsque le Musulman lit le témoignage bouddhique du « Triple refuge », il risque de le prendre pour un acte de (shirk). « Je prends refuge dans le Bouddha, le Dharmaet le Sangha. » Le Bouddha n’est qu’un homme, le Dharma n’est que l’enseignement, la loi ou la norme et la Sangha n’est qu’une communauté de moines. Où est-il fait mention de l’ultime Réalité dans laquelle il faut prendre refuge, à laquelle sont dues la dévotion et l’adoration ?

Pour répondre à cette question, il serait judicieux de revenir à la citation où le Dharma a été traduit par l’ultime Réalité : « Cette ultime Réalité que j’ai atteinte est profonde, difficile à voir, difficile à comprendre, excellente, prééminente, au-delà de la sphère de la pensée, subtile, et ne devant être sondée que par les seuls sages. »(2)

Le sens le plus immédiat du mot Dharma se rapporte davantage à l’enseignement, à la doctrine, et à la loi ou à la norme qui en dérive ; mais il peut désigner aussi l’ultime contenu de la doctrine, celui où culminent à la fois la doctrine et la loi, et dont le Bouddha lui-même est le véhicule. Ce sens métaphysique supérieur de Dharma ressort d’un examen des Ecritures mahâyâniques, et en particulier de l’examen de la conception des trois « corps » du Bouddha.

Tout ceci nous aidera à nous rendre compte jusqu’à quel point le Dharma dans son acceptation supérieure de vérité ou de réalité peut se comprendre comme la même Vérité ou Réalité ultime que les Musulmans désignent par les termes al-Haqîqat ou al-Haqq. Ceci nous aidera aussi à voir que le Bouddha en qui on prend « refuge » n’est en aucun cas identifiable de façon exhaustive avec le sage Gautama qui n’était que le messager, le porteur du message du Dharma devant lequel il s’efface. Le sûtra mahâyânique suivant enseigne cette subordination du Bouddha au Dharma : « Pour ceux qui m’ont vu par ma forme, et pour ceux qui m’ont suivi par ma voix, erronés sont les efforts dans lesquels ils se sont engagés ; ces gens ne me verront pas. C’est à partir du Dharma qu’il faut voir le Bouddha, car les corps du Dharma sont les guides. »(3)

Deux choses sont à souligner ici : l’état d’illusion de ceux qui attachent une signification excessive à la forme humaine du Bouddha ; et l’insistance sur le fait qu’il faut voir le Bouddha à la lumière du Dharma et non l’inverse. C’est bien là l’affirmation de l’antériorité ontologique du Dharma.

Ensuite, par rapport à la description des « corps de Dharma » comme « guides », ces corps du Dharma manifestés à différents niveaux sous la forme d’autant de types de Bouddha : le niveau humain (nirmâna-kâya, ou corps de transformation) ; le niveau céleste (sambhoga-kâya, traduit par le corps de béatitude) ; et le niveau divin ou absolu (dharma-kâya, traduit par le corps de Réalité).

Il est relativement aisé d’identifier les deux premiers « corps » du Bouddha respectivement à la manifestation terrestre et à l’archétype céleste. En Islam, cette distinction correspond au Prophète, d’une part, en tant qu’homme particulier, Mohammed fils de ‘Abdallah, et d’autre part, en tant que réalité pré-humaine et archétype de la substance prophétique à laquelle le Prophète fait allusion dans cette célèbre parole : « J’étais Prophèteet Adam était entre leau et l’argile»(4)

Il est cependant plus malaisé de découvrir la signification du dharma-kâya : comment l’ultime Réalité peut-elle « s’incarner » dans la forme d’un Bouddha ? On pourrait déclarer, en appliquant strictement la logique bouddhique : elle ne s’incarne pas, et elle ne peut le faire. »(5) (…)

« La réalité du Tathâgata « celui qui est ainsi allé », est la nature de Bouddha(6), à laquelle tout être a accès, mais uniquement dans la mesure où il est libéré de tout attachement à la forme, même, paradoxalement, à celle du Bouddha lui-même. »(7) (…)

« On ne peut donc dire que le Bouddha est « adoré », ni dans les deux formes de ses « corps » humain et céleste, ni dans la forme de « son » corps divin dharma-kâya. Si ce dernier relève véritablement du Dharma comme tel, aucun être ne peut se l’approprier ; et s’il est l’objet d’appropriation, ce ne peut être le Dharma. »(8) (…)  [En conclusion, on pourrait dire que] « la dévotion envers le fondateur humain des religions est, en langage islamique, un aspect fondamental du « souvenir (dhikr) de Dieu » et un moyen d’y parvenir, ou, en langage bouddhique, une « contemplation du Dharma ». »(9)

 

(1)Islam et Bouddhisme un fond commun aux Ed. Les deux Océans, Paris 2010 p48 présenté dans le No123 de la revue p35. Voir également d’autres passages tirés de ce livre : L.S. No113, Bouddha un Messager ? et le No120, Le Bouddhisme non théiste ? dans cette même rubrique.  (2)tiré des Moyens Discours p4. – (3)citant le Vajracchedikâ, 26a, b., in Buddhist texts through the Ages, p144. (4)Bihâr, vol.16 Bâb 12 p402, citant Munâqib Ibn Shahrâshûb. – (5)Islam et Bouddhisme un fond commun, pp105-107.  (6)Cf. L.S. No 113 – Bouddha un Messager ? – (7)Islam et Bouddhisme un fond commun, p109. – (8)idem p110. – (9)idem p129.

www.lumieres-spirituelles.net     No128 – Dhû al-Qa‘deh-Dhû al-Hijjah 1445 – Mai.Juin.Juil. 2024


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